L’EUROPE EN CRISE D’IDENTITE CULTURELLE

Publié le par l'UPL

Nous savions l’Europe en crise. Après le « non » français au traité « constitutionnel » européen, l’on est enclin à penser qu’il s’agit d’une crise politique. Certes, il y a plus : L’on a parlé de crise de confiance dans le « politique ». Mais à une époque de démocratie avancée, où le « peuple » détermine, en principe, le cours des événements et de l’histoire, il ne peut s’agir que d’une crise de confiance en nous -mêmes : En somme, l’Europe a des doutes au sujet de sa propre identité !

L’on a voulu passer par un « réglage » économique de l’Europe. Pour parvenir à quoi ? Sans pouvoir politique véritable basé sur un fonctionnement démocratique, fonctionnant  dans le respect des règles démocratiques, l’on restera dans le provisoire – un provisoire qui dure depuis trop longtemps, déjà.

Nous n’avions pas pensé à la crise d’identité « culturelle ». Mme Meyer nous y aura rendus attentifs et rappelle quelques unes de nos racines lointaines, pour tenter de faire l’analyse de la situation contemporaine. Celle-ci est certes, complexe. La conscience de nos racines historico-culturelles ne peut que nous y aider. La diversité des cultures dont nous sommes les héritiers ne peut alors être considérée comme un handicap, mais devrait être comprise comme une richesse à sauvegarder !

Quels choix économiques sont nécessaires pour avancer ? Par qui seront-ils mis en œuvre, sinon par un pouvoir politique !

Mme Meyer a bien voulu nous communiquer le texte ci-dessous. Nous l’en remercions vivement.

 

Ernest Winstein

 

 

L’EUROPE EN CRISE D’IDENTITE CULTURELLE

 

Par Michelle MEYER*

 

Conférence donnée dans le cadre des rencontres de l’ Union Protestante Libérale (UPL), au Foyer Lecocq à Strasbourg, le 24 novembre 2006, à l’initiative de  l’association « EUCKEA » et de l’ UPL.

 

 

Europe, péninsule de l’Eurasie.

 

Ses habitants l’appelleront Europe au cours du XVIème siècle donc dans une Renaissance bien avancée. L’origine du nom viendrait de la Grèce antique, une princesse phénicienne Europe aurait été enlevée par Zeus pour la transporter en Crète, elle donnera naissance à Minos. C’est donc le nom d’une reine mythologique et non pas un terme de géographie.

Au 1er siècle avant Jésus-Christ, on désigne par Europe les terres au nord du Détroit du Bosphore. Au 5ème siècle, la Thrace (Grèce, Turquie) s’appelle Europe.

Durant l’Antiquité, les civilisations se sont développées autour du bassin méditerranéen. Lors des invasions où les peuples germaniques furent bousculés par des peuples indo-européens et pénétrèrent dans l’Empire romain, Théodose 1er partagea son empire entre ses deux fils en 395, l’un reçoit la partie occidentale, l’autre la partie orientale incluant l’Asie Mineure avec la grande ville de Constantinople (aujourd’hui Istanbul). Cette ville remplaça Rome comme capitale de l’Empire. Au VIème siècle, sous Justinien 1er, les composantes du byzantinisme furent visibles.

A l’est s’est développé l’Empire d’Orient, de Constantinople à la grande Russie ; à l’ouest l’Empire d’Occident où les Francs ont créé un grand royaume. Leur chef Clovis se fit baptiser si bien que la France jouit de prestige auprès du Pape à Rome et est traitée comme première fille de l’église. Selon la loi coutumière des Francs saliens, les territoires francs furent partagés entre les 4 fils de Clovis. Une révolution de palais fit que le maire Pépin Le Bref devint le premier des Carolingiens à assumer le titre royal. Le plus grand des rois carolingiens fut Charlemagne, véritable empereur européen d’Occident. Les Francs devinrent les maîtres de l’Occident et les garants de la puissance papale en Italie.

 

Orient et Occident : une fracture qui perdure.

L’Orient et l’Occident formaient désormais deux entités politiques bien distinctes. En Orient, le gouvernement était constitué, pour la première fois, de civils dont les compétences professionnelles étaient reconnues. Les activités de ce gouvernement dépendaient essentiellement de l’empereur (autocratie). Les lois romaines furent codifiées sous forme de recueils ; les finances et la collecte des impôts furent centralisées. Suite à des querelles doctrinales et conflits religieux, l’empire byzantin devint orthodoxe et la religion de l’Empereur devint la religion officielle de l’Etat.

La fracture entre l’Orient et l’Occident remonte donc au IVème siècle de notre ère et les cultures évoluèrent différemment. En dehors de ces 2 blocs, seuls les Bulgares, peuple touranien, non slave, furent capables de s’ériger en Etat. Ils tentèrent avec les Serbes de dominer les Balkans mais sans y parvenir. Le deuxième facteur fut la conquête ottomane qui coupa les Balkans du reste de l’Europe. Cette Europe, à l’exception des Balkans et de la Scandinavie en raison des structures égalitaires qui régnaient dans le monde nordique, s’engagea dans les Croisades pour reprendre à l’islam les lieux saints. C’est avec l’aide des Croisés que les Turcs s’emparèrent de Constantinople en 1453. Pour faire face aux invasions, certains Etats (dont la Géorgie) demandèrent protection au Tsar de Russie et eurent le statut de protectorat.

Le ciment qui unissait l’Occident était l’église romaine. La chute de Constantinople marqua la fin de l’empire byzantin, ainsi qu'une nouvelle ère d'expansion pour l’empire ottoman. Les historiens considèrent parfois que cette date marque aussi la fin du Moyen Âge et le début de la Renaissance et c’est à cette même époque que l’Occident chrétien est désigné sous le nom d’Europe.

Le XX ème siècle et ses turbulences rappelleront ces différences entre l’Orient et l’Occident. La révolution russe ne pouvait se produire à l’identique en Occident. Le communisme russe aura tôt fait à revenir à un pouvoir autocratique et la population russe pour qui le groupe a plus d’importance que l’individu pouvait se satisfaire de mesures communautaires. Lors des accords de Yalta, le partage du monde qui se fit était voué à l’échec. Le glacis soviétique à l’ouest pour se défendre du capitalisme mettait sous tutelle des peuples de culture occidentale. Les soulèvements à Varsovie, à Prague témoignent de l’impossibilité de fondre dans un autre moule des peuples qui appartenaient à la civilisation occidentale.

La construction de l’Europe est censée écarter les affrontements et permettre de faire face à la puissance économique US.

 

Le traité constitutionnel européen

Ensemble, les Etats formant l'Union européenne en 2006, constituent un espace de près de 460 millions d'habitants et de 3 930 000 km2. En 2007, la Roumanie et la Bulgarie y font leur entrée. L’entrée de la Turquie fait l’objet d’un report des négociations pour non-respect du protocole d’Ankara.

Le point de départ de la construction européenne est la CECA en 1951, se poursuit par le traité de Rome avec la CEE puis le traité de Maastricht avec l’adoption d’une monnaie unique mise en place à partir de 2002. Suite au grand élargissement de 2004, l’Union souhaite se doter d’une constitution.

En 2005 suite aux rejets de la constitution par les peuples français et néerlandais, consultés par référendum, la ratification a été suspendue dans la plupart des États. 17 pays l’ont adoptée mais, après les résultats français et néerlandais,  la voie référendaire fut écartée.

Le rejet populaire par la France a traumatisé les institutions européennes. Aucun autre projet ne devrait être envisagé avant que le gouvernement français en particulier ne regagne une légitimité issue des urnes (élections législatives prévues en 2007).

Jusqu’alors, tous les traités concernaient l’économie. La stratégie d’élargissement crée un grand marché unique d’idéologie libérale et son extension est vécue comme un ultralibéralisme à l’échelle mondiale avec des délocalisations, une course à la compétitivité forcenée et à une remise en cause rampante du droit et de la législation du travail. Des entreprises ferment alors que leur productivité croît mais les actionnaires estiment ne pas gagner suffisamment - fait nouveau : la Bourse commande les politiques économiques.

Le « NON » français au traité constitutionnel est d’autant plus retentissant que Robert SCHUMAN, alors qu’il était ministre des affaires étrangères, apparaît depuis mai 1950 comme un des pères fondateurs d’une Europe Unie. Il propose de rejoindre la France et l’Allemagne pour mettre en commun les productions de charbon et d'acier, ressources stratégiques à l'époque - et d'autant plus symboliques qu'ils constituaient le matériau de base à la fabrication de tout armement - Schuman fait ici de l'économie un moyen au service d'une cause. Il ajoute vouloir reverser les bénéfices de cette union aux populations nécessiteuses en Afrique.

Pendant plus de 50 ans, la stratégie d’élargissement de l’UE n’a pris en compte que cet aspect économique chevillée à l’idéologie libérale qui encourage les individualismes, l’égoïsme, la guerre économique supplante celle par les armes et elle engendre à son tour des situations inégalitaires, une société duale selon l’expression du Président Giscard d’Estaing avec des inégalités sociales criardes. L’écart Nord-Sud n’a eu de cesse de se creuser. Nous sommes loin du projet original.

La libre circulation des marchandises entre les Six consacre la vision de Monnet, conseiller et ami de Robert Schuman, d'une intégration fonctionnelle : la création de telles solidarités de fait dans le domaine économique doivent amener à des interactions entre les États européens forçant à terme une intégration politique.

Mais c’était sans compter avec l’idéologie libérale promue par les USA.

Depuis l’aide américaine lors de la Seconde Guerre Mondiale, l’Europe occidentale est restée dans l’orbite des USA. La création de deux blocs militaires OTAN/VARSOVIE alors que les Six ont échoué dans un Communauté européenne de défense (CED), suite à l’opposition des gaullistes et des communistes français (ces derniers voyaient dans cette force une rivale de l’Armée rouge) prend fin avec la chute du mur de Berlin en1989, suivie de la réunification de l’Allemagne en 1990.

 

Une Europe divisée peut-elle se réunifier par le seul jeu de l’économie ?

Le « NON » français au traité constitutionnel européen, TCE, agit comme un coup de tonnerre  dans le concert des nations mais surtout au niveau des notables traités en traîtres. La France vient de prouver que son niveau général d’instruction lui permet de soulever les vrais problèmes. Quel est le sens profond de l’élargissement ? Jusqu’où ? Les élections de 2004 au Parlement européen avaient été un premier avertissement.

Les élections au Parlement européen, les premières concernant vingt cinq Etats, révèlent partout un immense désintérêt des peuples pour cette construction qui leur semble étrangère. A l’Ouest, on s’est peu déplacé, et lorsqu’on fit l’effort de voter ce fut le plus souvent pour désavouer les gouvernements en place. A l’Est, comble du paradoxe, on s’est massivement abstenu, ou on a envoyé des députés hostiles à l’Union européenne. Comment ne pas voir qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume d’Europe ?

L’absence de souffle, le sentiment d’une construction sans fonctionnalité, l’ennui que provoque une rhétorique du « grand dessein » qui ne peut dissimuler l’absence de vision et le libre jeu des lobbies... Telles sont les manifestations de la loi implacable du libéralisme, qui ordonne l’ensemble de la construction. Tout est décidé selon une finalité : lever les contraintes au libre jeu du marché, c’est-à-dire d’un capitalisme de plus en plus prédateur en matière de droits sociaux et d’acquis démocratiques. Comment dès lors s’étonner que, pour le plus grand nombre, le mot Europe se voit d’abord associé à des menaces : celles des délocalisations, de la destruction de la petite paysannerie, du démantèlement des acquis sociaux, d’une concurrence de plus en plus acharnée et d’inégalités croissantes ?

Autant dire que l’idéal européen, d’un vaste ensemble de peuples réconciliés malgré une histoire souvent tragique, développant de concert l’immense richesse économique, politique et culturelle qui est celle de ce continent, paraît se défaire au fur et à mesure que s’élève la puissance capitaliste européenne. La vieille Europe s’en remet aux USA pour guider sa politique, on ne peut pas dire que ses élites se soient interrogées sur les attentes et l’état moral des pays sortis de la sphère soviétique. Tout a été fait comme si le mirage d’un grand marché était la clé du bien-être assuré.

Alors que la crise est patente, aggravée par la rupture qui s’est opérée sur la question fondamentale de l’alignement ou non sur la politique américaine de guerre contre l’Irak. De grandes nations comme le Royaume-Uni, la France ont un passé qui les unit au Liban, la Syrie, l’Irak et même s’il y a silence médiatique sur la gravité de vouloir un nouvel Moyen Orient pour satisfaire les lobbies juifs et américains, les peuples sentent le rapprochement d’une guerre prête à s’étendre. L’OTAN, parapluie protecteur pourrait devenir une menace. Mieux vaut se sentir partie prenante de l’Eurasie que d’un morceau de la presqu’île Europe qui braderait tous ses efforts pour ne plus connaître les horreurs ravageuses d’une guerre et serait disposé à un soutien inconditionnel à l’égard d’un Etat qui traite l’ONU comme un pantin. Israël ignore les 65 résolutions de l’ONU votées à son encontre et, la plus grande puissance du monde lui apporte son soutien par ses vetos renouvelés et envahit l’Irak à l’encontre de l’avis du Conseil de Sécurité.

Une Constitution ! Le mot, noble, fut mis en avant pour masquer la réalité d’un super traité entre Etats sur lequel les peuples ne peuvent ni ne pourront intervenir. Mais lorsqu’on invoque le bon sens pour rappeler qu’une Constitution doit être soumise au suffrage populaire, on nous réplique qu’il ne s’agit pas de cela. Comprenne qui pourra ! Déjà toute rapiécée, ses plus farouches partisans sont donc incapables de dire ce qu’elle est.

On veut nous faire croire que la réponse aux problèmes de la construction européenne est contenue dans ce texte qui, intégrant les précédents traités, va institutionnaliser les exigences du libéralisme, les systématiser, et les rendre irréversibles, puisque l’accord unanime de toutes les parties prenantes, nécessaire pour le modifier, sera évidemment impossible. C’est bien, comme il a été dit, « inscrire le libéralisme dans le marbre ».

Démocratie, droits humains, équilibre Nord-Sud sont des valeurs qui mobilisent les populations des vieilles démocraties européennes. Qu’en est-il des Nations qui étaient sous la férule soviétique ? Beaucoup d’occidentaux ont affiché avec des pin’s leur soutien à Solidarnosk sans savoir, bien sûr, l’appui de l’opus dei. Et qu’en est-il de la Pologne d’aujourd’hui ? Droit et justice, Giertych de la Ligue des Familles Polonaises dont le programme consiste à former les jeunesses archipolonaises très patriotiques, à financer pour une distribution dans les écoles les livres de Jean-Paul II, son programme provoque des insurrections alors que le seul souci de Giertych est de faire valoir les normes éthiques que les Polonais ne partagent pas, semble-t-il. Ce sympathique personnage siège à l’extrême-droite depuis 2004 au Parlement Européen. La venue de ces extrémistes de l’Est a redonné espoir à Jean-Marie Le Pen de pouvoir constituer un groupe parlementaire et il multiplie, à cet effet, ses déplacements à l’Est. PiS, est un parti politique polonais social-conservateur, fondé le 13 juin 2001, actuellement au pouvoir et dirigé par Jarosław Kaczyński. Parti contre l’avortement, contre les homosexuels qui a pour ministre de l’éducation

En France, certains beaux esprits mis à la mode du moment affirment que la grande richesse de L’Europe réside dans ses langues et ses cultures, dans la diversité culturelle. On le sentirait encore davantage hors d’Europe. Alors, question : se sent-on européen quand on se promène à Istanbul ? Quant aux USA qui signent avec l’UE des accords transatlantiques sur l’économie, la politique, la sécurité, ils travaillent à la construction d’une grande Amérique qui par son succès économique fera oublier les velléités démocratiques de certains, et le succès aidant la langue unique l’emportera : l’anglais bien évidemment.

M.M.

* Michelle Meyer est professeur de lettres et d’histoire, femme de lettres, lauréate de l’Académie Française. Elle a écrit 28 livres, dont « Les premiers temps de l’imprimerie, Jean Mentelin , primo typographiae inventori » (1997) et « Je te raconterai l’Alsace » (1990).

Site : http://www.chez.com/lesamisdemichellemeyer/

Blogs: http://michellemeyer.canalblog.com   

          michellemeyerpol.canalblog.com

 

La construction de l’Union européenne. Les dates importantes

1950 Création du Comité Européen du Charbon et de l'Acier. CECA

25 mars 1957 Traité de Rome, signé par six pays ( France, République fédérale d'Allemagne, Italie, Belgique, Luxembourg et Pays-Bas) : création d'un grand marché entre les pays membres, la circulation facilitée des hommes et des marchandises. C.E.E.

1962 Mise en place de la Politique Agricole Commune.

1973 Royaume-Uni, Danemark et Irlande deviennent membres de la Communauté Economique Européenne (C.E.E).

1978 Création du Système Monétaire Européen.

1981 la Grèce rejoint la C.E.E.

1986 Adhésion du Portugal et de l'Espagne.

1986 l'acte unique prévoit la suppression des contrôles douaniers.

Février 1992  Le traité de Maastricht envisage la création de l'Union Européenne avec Banque Centrale, monnaie unique et citoyenneté européenne : la C.E.E. devient l'U.E.

2002 Mise en circulation de l’euro.   1er trimestre 2002 : suppression du cours légal des monnaies nationales dans les pays ayant adopté l'euro.

 

 Les 25 pays  membres en 2006

L’UE comprend, en 2006, 25 membres :

Allemagne (adhésion 1957 - 82,44 millions hab.) Autriche (1995 - 8,27 millions hab.)  Belgique (1957, 10,51 millions hab.) Chypre (2004 - 0,77 million hab.) Danemark (1973 - 5,43 millions hab.) Espagne (1986 - 43,76millions hab.) Estonie (2004 - 1,34 million hab.) Finlande (1995- 5,26 millions hab.) France (1957- 62,89 millions hab.) Grèce (1981 - 11,13 millions hab.) Hongrie (2004 - 10,07 millions hab.) Irlande (1973 - 4,21 millions hab.) Italie (1957 - 58,75 millions hab.) Lettonie (2004 - 2,29 millions hab.) Lituanie (2004 - 3,40 millions hab.) Luxembourg (1957 - 0,46 million hab.) Malte (2004 - 0,40 million hab.) Pays-Bas (1957 - 16,33 millions hab.) Pologne (2004 - 38,16 millions hab.) Portugal (1986 - 10,57 millions hab.) République tchèque (2004 - 10,25 millions hab.) Royaume-Uni (1973 - 60,39 millions hab.) Slovaquie (2004 - 5,39 millions hab.) Slovénie (2004 - 2 millions hab.) Suède (1995 - 9,05 millions hab.)

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