Les religions sont-elles facteur de crise ou de stabilité ?

Publié le par Ernest Winstein pour l'UPL


Sous ce titre, le pasteur Christian Mazel, directeur du mensuel " Evangile et Liberté ", a donné le 21 janvier 2002 au Foyer Lecocq, à Strasbourg, un exposé dans le cadre des Conférences de l'Union Protestante Libérale.
 
A l'aube du XXIè siècle, point n'était besoin d'attendre les événements dramatiques du 11 septembre 2001 pour faire l'amer constat : "A l'heure actuelle, les religions ne sont pas tellement des occasions de stabilité, mais plutôt de crise ". A commencer par le christianisme! "Vous voyez la Croatie (les catholiques et les orthodoxes), vous voyez l'Irlande (encore qu'en Irlande les questions de possession de la terre et du pouvoir économique sont bien plus importantes que les appartenances religieuses). Vous voyez l'Islam et le christianisme (au Kosovo, le massacre d'un million de chrétiens du Sud du Soudan), vous voyez l'Arabie Saoudite (qui, cinquante ans après la Déclaration des Droits de l'homme n'a toujours pas admis un culte autre que Musulman sur son territoire). Vous voyez l'Islam contre lui-même (en Algérie, en Afghanistan, les Turcs sunnites contre les Kurdes." On n'oubliera pas que les nationalistes Hindous qui sont au pouvoir massacrent beaucoup de chrétiens, que la séparation de l'Inde et du Pakistan fit un million de morts. Le bouddhisme, de manière interne, connaît également des massacres. La stabilité interne à l'Inde se trouve réalisée au prix d'exclusion de castes entières - trente-cinq millions de veuves y sont des parias et vivent dans la misère. "Ce qui paraît une stabilité générale, regardée de près, est fait de luttes, de souffrances et d'injustices."
 
Est-ce donc à la violence que nous ont menés les trois grandes religions monothéistes? 
Mazel relève que le judaïsme s'est construit au retour de l'exil au sixième siècle avant Jésus sur la base d'une véritable volonté de purification ethnique, que l'histoire du passé fut alors relue avec le regard de l'époque et qu'il faut donc manier les livres qui rapportent ces faits avec circonspection et non à la manière des ultra-orthodoxes juifs, qui prennent les textes au pied de la lettre et y trouvent prétexte pour déclarer que la terre occupée fut réservée aux Juifs, alors qu'en réalité la conquête fut longue et la  pénétration le résultat d'une sorte de guérillas. L'histoire récente même se trouve récupérée au point de justifier les atrocités commises par les nazis, considérés comme des instruments divins auprès des Juifs par un homme comme Houradia Hosserf, le chef spirituel du parti ultra-orthodoxe du Chas, affirmant : "Les six millions de malheureux Juifs qu'ont tué les nazis ne l'ont pas été gratuitement ; ils étaient la réincarnation des âmes qui ont péché et ont fait des choses qu'il ne fallait pas faire". Mazel commente : "Nous nous trouvons là devant un kidnapping de l'histoire d'Israël par les intégristes". 
Face à ces tentations il faut réaffirmer la vision universaliste de l'élection affirmée par la Bible à propos d'Abraham : "En toi toutes les familles de la terre seront bénies". Israël et Isaac sont bénis l'un et l'autre au même titre. Il s'agit là, loin de toute exclusive, d'amour paternel.
Quant à l'Islam, qui se définit par le Coran, il se trouve perturbé par les islamistes qui prétendent imposer des textes postérieurs : la charria. Pourtant, la foi du milliard de Musulmans répandus dans le monde "est basée sur le Coran et non pas sur la Charria. C'est ainsi que nous trouvons un Islam modéré et un Islam intégriste, sectaire et violent. Il ne faut pas les confondre. Il est inexact de penser que l'Islam est universellement violent : les Soufis sont une image du pacifisme musulman."
 
La caricature des religions
Les trois religions monothéistes ne sont pas fondamentalement violentes. L'intégrisme et le fondamentalisme sont la caricature des religions. Ils  se caractérisent par la rigidité, un certain idéal de pureté aussi, la méfiance pour le corps et la sexualité, le refus du bonheur et du plaisir, le refus de la réalité, la peur et la violence. Aux considérations d'ordre psychologiques s'ajoutent les choix idéologiques : le monde est vu en blanc et noir, avec un refus du changement, un refus de l'évolution, un refus de la complexité, un refus de la démocratie et des Droits de l'homme. "Dieu est invoqué comme souverain, parce que c'est une manière de simplifier les questions. Quand on dit "Dieu le veut", il n'y a rien à répondre. Mais en réalité, quand les catholiques invoquent la tradition, les protestants la lecture littéraliste de la Bible et les Musulmans la charria, ce sont des étendards qu'on brandit, qui servent de prétexte."
On constate aussi qu'une religion, en disparaissant, crée des Ersatz, des produits de remplacements. Des dictatures fonctionnent à la façon des religions. Le communisme stalinien retrouve des processions, des prières, des pèlerinages, des dogmes, des saints, des divinités. Le nazisme, idéologie politique, est aussi une idéologie religieuse.

Vers où va-t-on ? Un ferment dans la société ?
Dans la société occidentale actuelle , où la spiritualité et la mystique entrent en ménage avec la technique moderne, recherchent le "fast-religieux" - la religion vite assimilée (mais vulnérable), où la raison et la laïcisation n'ont pas apporté le bonheur, où les religions sans Dieu venues de l'Orient s'adaptent facilement, où l'inquiétude demeure face à la question du devenir de l'humanité, la religion ne disparaît pas, elle se métamorphose. "Le vingt-et-unième siècle ne sera sans doute pas un siècle d'affaissement spirituel, mais au contraire de prolifération des croyances au sein de ces sociétés pauvres religieusement." Mazel croit que ceux qui font l'effort de gravir la monatgne, une image chère à Monod, se retrouveront au sommet! Ou encore, en citant Ricoeur, qu'en approfondissant l'enseignement donné par les religions, l'on trouve "ce surplus non dit grâce à quoi chacun peut espérer rejoindre les autres".
Mais il faudra bien poser aussi la question de savoir ce que deviennent les religions établies dans le contexte d'aujourd'hui. Mazel cite Paul Ricoeur qui estime qu'"il leur faudra en premier lieu renoncer à toute espèce de pouvoir autre que celui d'une parole désarmée". Le doigt est ainsi mis sur le pouvoir déjà perdu par les religions dans les civilisations les plus avancées sur le plan technologique. Au lieu d'imposer à la société une culture et une vision du monde uniques comme elle l'a fait dans le passé, la religion pourrait y jouer le rôle de ferment , oui, de "sel de la terre". Vision idéaliste, trop optimiste?  Certainement avons-nous aussi de bonnes raisons de rester prudents, - mais ne n'est pas Christian Mazel qui dirait le contraire - et nous garder de généraliser ?  Les religions ne renonceront pas aussi facilement à leur pouvoir! Si l'on est prêt à signer avec un autre mot de Ricoeur que les religions devront "faire prévaloir la compassion sur la raison doctrinale" voilà une manière de rappeler la raison d'être d'une religion, et la nécessité de soumettre son enseignement à tout esprit de recherche.

La foi n'est-elle pas "une continuelle recherche"?
 
Ernest Winstein - 22/02/2002
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P
Pasteur christian mazel,<br /> Je suis bien d'accord avec votre analyse présente . <br /> J'ai envie d'ajouter par rapport au discours délirant d'Houradia Ouserf du parti CHAS que dans le monde "mystico-pathologique" ou il est peut-être, il a  besoin d'une explication à l'inexplicable, à l'innomable, à la monstruosité de la Shoa (anéantissement) .<br /> De cette manière, il parvient à "faire le deuil" de toutes ces morts qui n'ont pas de sens là est la difficulté majeure de tout endeuillé, mettre du sens sur une fin, une ou des morts . Ainsi il peut, ils peuvent continuer à vivre et pour certains faire des projets, exister c'est à dire jouer, rire, jouir sans trop de culpabilité .<br /> C'est comme cela que je perçois les "adeptes" du parti Chas et j'ai de la compassion à défaut de dire que je les aime ...<br /> peb.
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