le judaïsme libéral (suite)
Qu'est-ce que le judaïsme libéral?
Etayant son propos d'exemples concrets, Pauline Bebe a défini dans un discours vivant et accessible, le judaïsme libéral et répondu aux questions d'une assemblée nombreuse.
1. Le judaïsme libéral au travers de l'histoire
Le libéralisme apparaît au siècle des Lumières, à la fin du 18è siècle et début du 19è. C'est à la sortie des ghettos, lorsque le juif devient citoyen, que le judaïsme se confronte à l'esprit des Lumières et que des interprétations variées voient le jour. Le début du mouvement libéral se situe en Hollande. Mais, dans la tradition juive, il y a toujours eu plusieurs tendances.
Les orthodoxes sont d'avis que le message a été transmis de génération en génération intacte, depuis le Mont Sinaï, sans avoir été modifié. Ils affirment que nous ne pouvons apporter des modifications car nous n'avons pas la sagesse de ceux qui ont été proches de la Révélation.
Le mouvement libéral est rapidement rejoint par des rabbins, qui développent une théologie du mouvement libéral.
La Révélation ne s'arrête pas aux cinq livres révélés : il existe, non pas un moment unique de révélation, mais un mouvement continu - une révélation progressive. En effet, les sages de chaque génération peuvent exprimer la volonté divine. Et le rabbin Pauline Bebe d'illustrer son propos à partir d'un commentaire traditionnel de la Amida : chaque patriarche recreuse les puits déjà creusés par son père.
Le judaïsme a toujours vécu dans l'influence de son milieu socio-culturel : Ainsi, si la peine de mort, la disposition des biens des épouses, la polygamie, les sacrifices étaient admis à l'origine, ils ont été supprimés par la suite et on a pu voir l'abrogation de la peine de mort, l'instauration de la kétouba ou contrat de mariage mis en place pour protéger la femme, l'interdiction de la polygamie et le refus des sacrifices dans le culte .
Le judaïsme s'est toujours adapté et il n'y a pas de raison qu'il se sclérose.
Le midrash affirme aussi cette idée. En effet, après l'épisode du « veau d'or », les tables de la loi nouvellement écrites furent emmenées dans le tabernacle, mais également celles qui avaient été brisées. Les débris des tables étaient présents pour rappeler aux enfants d'Israël que la loi ne devait pas non plus devenir une idole.
A propos de la spiritualité de chacun, le rabbin Pauline Bebe donne une belle illustration de ce que peut être une interprétation en rappelant que, lors de la traversée du désert, la manne prenait le goût de ce que l'on aimait manger et conclue en indiquant que l'accès à la spiritualité peut-être différent pour chacun.
De plus, dans la Amida, le nom de Dieu est répété trois fois ; dieu d'Abraham, dieu d'Isaac et dieu de Jacob, ce qui laisse à penser que chaque génération en a eu une approche différente.
2 Judaïsme et religion chrétienne, judaïsme libéral et judaïsme traditionnel.
a- le monde chrétien et l'au-delà.
Le rabbin Pauline Bebe explique aux membres protestants de l'assemblée, qui l'ont convié à cette rencontre, ce qui nous différencie, nous juifs, d'autres religions.
Pour le judaïsme, chacun est maître de son destin, sans en contrôler tout, nous sommes libres. Chaque être humain a en lui de bons et de mauvais penchants, mais doit s'efforcer de faire ressortir le bon. La soumission à la loi reste une faculté laissée à son libre arbitre. Elle n'est en aucun cas source d'esclavage, mais de liberté. C'est dans notre vie terrestre que nous devons trouver notre voie et notre équilibre et non vivre dans l'attente du paradis après la mort. Les règles de vie ne sont pas une contrainte, un asservissement délivré aux juifs à la sortie d'Egypte, donc d'esclavage, mais un guide à l'usage d'êtres libres.
b- les tendances libérales et orthodoxes
Ici encore le libéralisme puise sa légitimité dans le fondement même du judaïsme. Deux lois s'opposent dans la Bible à propos du rejet de la faute sur les enfants : la première dans l'Exode parle d'une faute dont la responsabilité sera perpétuée aux générations suivantes ; la seconde, dans le Deutéronome, affirme que chacun est responsable de sa propre faute. La loi a évolué entre les deux conceptions dans un sens moral.
La loi des « mamzerim » concernant l'exclusion des enfants illégitimes toujours en pratique dans les communautés orthodoxes, a par conséquent été supprimée dans le judaïsme libéral.
Puis des questions sur le libéralisme ont amené le rabbin Pauline Bebe à préciser au travers de deux exemples des contraintes libérales supérieures à l'orthodoxie.
Ainsi sur les lois alimentaires, les définitions varient et pour les libéraux, élever les volailles en batterie peut être cause de souffrance dans la mesure où le volatile ne peut étendre ses ailes, ceci afin de respecter le fondement de certaines lois d'abattage, qui voulaient que l'on fasse subir le moins de souffrance possible à l'animal.
Le deuxième exemple est basé sur l'égalité de l'homme et de la femme dans le libéralisme et donc de l'obligation pour ces dernières d'étudier le talmud et de préparer leur bathmitva avec autant de rigueur que les hommes .
A la question sur la place de Jésus dans le judaïsme libéral, Pauline Bebe répondait simplement qu'il ne faisait pas partie de son paysage spirituel, et a relaté cette histoire drôle :
Comment sait-on que Jésus était juif ?
- il était persuadé que sa mère était vierge
- il est resté avec sa mère après trente ans
- sa mère le prenait pour un dieu
- il a su monter une multinationale qui a rencontré un grand succès !
Isabelle Marx
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