Y a-t-il une identité protestante ?
Y a-t-il une identité protestante ?
(autour du livre de Frédéric Hoffet, " Politique romaine et démission de protestants ", publié en 1962)
La table-ronde " Protestants ? Mais quels protestants ? " (voir en page 8) a saisi l'occasion d'une présentation d'un livre de Frédéric Hoffet publié en 1962, " Politique romaine et démission de protestants ", pour poser la question de l'identité protestante et lancer une réflexion. Il serait prétentieux de vouloir y répondre de manière globale, voire définitive. Mais le débat est ouvert.
L'identité protestante n'est-elle pas en train de se diluer ? Mais quelle identité ? Y aurait-il un seul protestantisme, ou plusieurs ? Le protestantisme ne se définirait-il que par rapport au catholicisme - comme le christianisme ne se définirait que par rapport à l'athéisme ou d'autres religions concurrentes ? Tel est notre questionnement.
Pour illustrer l'interrogation - et la difficulté d'y répondre ! - constatons que, plus la Fédération Protestante de France s'élargit en incorporant de nouvelles Eglises ou mouvements, plus la diversité devient grande. Y a-t-il à ce protestantisme un dénominateur commun ? Ou n'a-t-il en commun que quelques grands principes tels que : la liberté absolue de croire ; La Bible comme seule référence faisant autorité ; l'opinion que la foi est donnée par Dieu à celui qui sait s'ouvrir à sa grâce ?Glissements ?
Frédéric Hoffet donne une analyse des glissements protestants vers… d'autres rives. Elle date de son temps, mais reste largement d'actualité. Si le Concile Vatican II fut un grand bouleversement pour l'Eglise catholique, les questions qui font litige entre les confessions chrétiennes sont loin d'être toutes résolues. Il convient évidemment de se demander quelles sont les déviances actuelles du protestantisme, par rapport à ses choix premiers - un inventaire qui reste à faire ou à refaire.Un débat qui accepte la diversité
Dans la ligne du travail de l'Union Protestante Libérale, nous respectons la diversité des opinions - qui s'est, par ailleurs, largement exprimée lors du colloque et que les notes et textes des intervenants confirment.
L'initiative de l'Union Protestante Libérale ne comporte aucune velléité anti-œcuménique. Nous restons convaincus qu'un débat ouvert et mené avec une entière honnêteté intellectuelle permet d'avancer, à condition qu'aucun partenaire ne se pose en leader qui détiendrait la vérité, et que l'on soit prêt à s'écouter. Un tel débat, mais aussi l'acceptation par les Eglises de se confronter aux problèmes du monde d'aujourd'hui, offre la possibilité, pour toutes les parties, d'évoluer dans leurs conceptions !La recherche théologique sérieuse pour une spiritualité vécue
Nous tenons à souligner notre attachement à un travail ecclésial qui sache mettre en œuvre le sacerdoce universel (tous les croyants sont "prêtres ", par conséquent responsables devant Dieu), et l'absolue nécessité d'une recherche théologique sérieuse : le croyant n'a pas besoin d'intermédiaires pour s'adresser à Dieu et vivre sa foi, et s'il a besoin d'une communauté de référence qui le stimule dans son identité, il mettra aussi l'intelligence au service de sa foi, en s'appuyant notamment sur des indications précises que les théologiens ont la charge et le devoir de mettre à sa disposition de la manière la plus claire possible, - un tel enseignement doit être accessible, non fermé, mais discutable, non dogmatique, sans prendre le caractère d'une vérité définitive.Foi en Dieu, foi en la vie
Nous ne pouvons pas ignorer que le travail des exégètes nous permet aujourd'hui de mieux approcher le Jésus historique et nous apprend à le considérer dans sa pleine humanité. Il est clair que ceci met en question des considérations longtemps admises comme des vérités définitives et enseignées comme telles : notamment l'idée d'une quasi divinité de Jésus. En revanche un Jésus plus humain nous est aussi plus proche… La foi ne se constitue pas alors en intégrant des dogmes qui seraient immuables. Elle sera davantage une manière de faire confiance à Dieu, et donc à la vie. Elle s'exprime dans notre vie, à travers notre manière de vivre. Probablement est-elle aussi la conscience de notre appartenance à un même univers, la conscience, donc, d'une destinée commune et, par conséquent, de l'étroite liaison de notre vie avec l'humanité qui nous entoure et nous engendre, comme avec le monde dans lequel nous vivons.Ernest Winstein