Aperçus spécifiques du livre de Frédéric Hoffet et réflexions sur l’actualité de ses propos

Publié le par UPL/ Philippe KAH

Aperçus spécifiques du livre de Frédéric Hoffet et réflexions sur l’actualité de ses propos

Par Philippe KAH

 
Tout l’ouvrage de Frédéric Hoffet s’attache à mettre en garde les protestants contre leur mollesse, leur sommeil et l’inconscience qui les gagne à l’égard d’un catholicisme qui est « singulièrement plus dangereux que celui d’hier ». (p. 11)
Si la Réforme a eu lieu c’est que des incompatibilités irréductibles ont détaché ce courant de l’Eglise de Rome et il ne serait pas acceptable qu’aujourd’hui « elle vise à miner le protestantisme par le dedans, à changer sa substance et à le ramener à elle, progressivement, sans qu’il s’en aperçoive ». (p. 12)
Il dénonce à de nombreuses reprises les « dehors trompeurs » de la conduite de l’Eglise et par quatre fois dans son ouvrage, il relève et rejette « l’absolutisme de l’organisation romaine ». (p. 12)
Il déplore (p. 21) que même les laïcs « sacrifient, comme les protestants, au mythe d’un catholicisme qui ne serait plus catholique, d’une Eglise qui ne serait plus la sainte Eglise apostolique et romaine, d’une papauté qui ne serait plus l’institution absolutiste qu’elle n’a cessé d’être au cours de l’histoire, et comme les protestants, ils démissionnent ». Dans le commentaire de ce constat, Hoffet se fait ironique, disant que « c’est leur inconscience et leur aveuglement, leur volonté de ne pas savoir et leur refus de voir qui permettent au nouveau cléricalisme de se déployer aussi impudemment ». (p. 21)
Jusqu’à la fin de l’ouvrage il observe la conduite de l’Eglise et les manifestations originales de son retour aux traditions du catholicisme médiéval qui, par exemple, « veille à ne laisser aux laïcs que des bibles dûment annotées et munies de l’imprimatur ». (p. 167)
En vérité, dit-il, « si nous y regardons de près, le catholicisme, dont les doctrines sont immuables, se rapproche chaque jour davantage par sa pensée, les formes de son activité et l’absolutisme de ses dirigeants, de ce qu’il était avant la Réforme » (p. 167).
Au terme de son étude encore, il fait remarquer « comment l’Eglise romaine prend d’une part des attitudes libérales, se fait l’ami des grandes démocraties, allant, à l’occasion, jusqu’à défendre certains des principes de la Révolution française, alors qu’en fait, elle reste fidèle à des doctrines réactionnaires immuables et, en particulier, à l’absolutisme pontifical ». (p. 172)
Cette tonalité est évidemment totalement étrangère à l’essence de la Réforme et Hoffet demande, devant l’affaissement de la pensée des descendants de cette tradition « Que représente la conscience protestante, cette belle et noble conscience que tout le monde s’accordait à louer, quand on ne cesse d’affirmer que la morale est desséchante et qu’il convient de rechercher Dieu dans l’Eglise et les sacrements ? Où restent l’intériorité, l’intimité, la chaleur protestantes ? Où reste cette délicatesse, cette pudeur religieuse qui ne supporte point l’intervention du prêtre et que blessent les cérémonies ? Où reste la liberté royale du chrétien, quand on ne songe qu’à établir autorités et hiérarchies ? »
Il ne supporte pas non plus la tactique romaine dans le chantier qu’est l’oecuménisme et sa terminologie est précise sur ce sujet lorsqu’il désigne « le machiavélisme propre de tout temps à la politique romaine » (p. 62). D’ailleurs « toutes les concessions qui pourraient être faites dans ce domaine : liturgie, mariage des prêtres, organisation ecclésiastique, sont d’importance mineure auprès de la condition essentielle que finalement l’on posera toujours à ceux qui recherchent l’union : la soumission au magistère du pape et l’acceptation de son autorité infaillible ». (p. 63)
Retenant que « toutes les Eglises protestantes placent le lieu géométrique de la vie religieuse dans le cœur de l’individu » (p. 73) Maître Hoffet déclare que « sans l’adhésion de l’individu, toute manifestation religieuse est usurpée et vaine. Et là encore nous sommes à l’opposé du catholicisme, pour lequel l’Eglise est dépositaire du salut de l’âme et interprète de la vérité que l’homme ne peut atteindre et connaître que par elle. Au principe institutionnel, autoritaire et intolérant du catholicisme s’oppose de façon éclatante, le principe personnaliste, le principe de « l’intériorité » du protestantisme, d’où découle la liberté intérieure et extérieure de l’homme protestant » (p. 75)
Ce qui en définitive l’irrite et l’exaspère c’est que par ses dérives, pour le protestantisme « la vie religieuse s’exprimera par des manifestations collectives, concrètes, visible. De ce fait, l’homme protestant devient un être social, avec tous les défauts de celui qui se laisse déterminer par son entourage. Il perd sa personnalité, sa vigueur, sa force, son indépendance, sa liberté ». (p. 103)
Très représentatif de la plume de notre « polémiste par excellence », il ne faudrait pas oublier le paragraphe en pages 81-82 où Frédéric Hoffet livre la trame véritable de sa pensée :
« On a remarqué que dans l’énumération des éléments de la liturgie on emploie de nombreux termes latins. Ceux-ci étaient complètement absents dans le langage des premières Eglises protestantes et leur réapparition est un signe de romanisation qui ne trompe pas. Dans le même temps on reprend des expressions de langue vulgaire caractéristiques pour le catholicisme. En France, on commence à substituer le terme d’ « office », à celui de culte, tandis que le pasteur prend le nom d’officiant et que la prière devient l’oraison. Un détail caractéristique est, à ce propos, le nom de « prieur » que l’on donne depuis quelques années au président des étudiants de la Faculté de théologie de Montpellier. Chargé de présider le culte du matin du haut de la vieille chaire du désert qui orne la salle des fêtes et qui fut le témoin muet des plus atroces persécutions, ce personnage, dans lequel on devrait voir un héritier des huguenots de jadis, emprunte ainsi, sans que l’on s’en offusque, le nom des dignitaires des congrégations catholiques qui ont conduit ses ancêtres aux galères et à la mort. »

Ces turpitudes historiques, ces péripéties doctrinales, ces tumultes et ces désordres sociologiques au sein de la chrétienté sont plutôt étranges si l’on prend du recul et de l’altitude car, lorsque l’on porte un regard englobant, de synthèse, sur le cadre où évoluent les humains, leurs divergences et leurs frictions conceptuelles sont simplement dérisoires et naïves.
Il suffirait juste qu’ils prennent conscience de la similitude des gouttes de pluie que déverse un même nuage sur la tête des lettrés et des ignares des diverses confessions pour que leurs fanatismes dogmatiques leur apparaissent ridicules et sans objet.
Catholiques, protestants, orthodoxes, anglicans et autres innombrables sectes y gagneraient à se rendre à l’éthique du « disciple accompli » - Luc 6,40 – lequel a compris la leçon du Maître et tout naturellement, et en toute quiétude, se met à rire des autorités sacerdotales.

Philippe Kah

 
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article