Frédéric Hoffet, homme excellent dans le dire et excellent dans le faire

Publié le par UPL/ Manfred Stricker

Frédéric Hoffet, homme excellent dans le dire et excellent dans le faire
par Manfred Stricker
" …porteur de parole et auteur d'actes ", Homère, Iliade I.443


Que, dans le cadre des activités de l'UPL, le pasteur Ernest Winstein ait décidé de sortir Frédéric Hoffet de derrière les fagots du protestantisme alsacien m'a rempli de joie. Les protestants alsaciens semblent devenir comme les Français en général, qui n'aiment pas leurs grands hommes, comme si en taisant les grands hommes, les petits pouvaient grandir. Il est vrai que pour voir le soleil, il faut avoir quelque chose du soleil comme Platon l'explique si bien dans sa célèbre allégorie de la caverne. Or toute civilisation qui veut élever l'homme entretient le souvenir de grands hommes et souvent les grandit même un peu plus que nature. Dans le protestantisme alsacien, il semble y avoir des tendances dans le sens contraire. On y entend même des spécialistes de Luther souligner surtout ses défauts.

Le hasard, si hasard il y a - un problème qui a beaucoup occupé Aristote qui est resté insurpassé jusqu'à nos jours pour ses réflexions sur la causalité - m'a fait rencontrer Me Frédéric Hoffet. Mon patron de l'époque avait confié quelques affaires à l'avocat Hoffet et m'avait chargé de les suivre. Ce qui m'avait frappé d'abord fut sa modestie. Mais très vite je sentis que j'avais en face de moi un vrai protestant comme à l'époque il n'y en avait plus beaucoup. Je dirais d'ailleurs qu'aujourd'hui il n'y en a plus du tout, ce qui fait que Frédéric Hoffet devient, aujourd'hui, plus exemplaire encore qu'il ne le fut à l'époque.

Et, entre temps mes critères d'évaluation aussi ont évolué ce qui fait que je le trouve encore plus exceptionnel. Heidegger s'est beaucoup intéressé au logos. En termes simples, il a expliqué qu'il s'agit de la capacité de dire quelque chose sur quelque chose, de mettre des mots sur quelque chose. Logos vient en effet du verbe legein, qui a la même origine indo-européenne que le verbe allemand legen. Frédéric Hoffet savait identifier un problème, le cadrer, le définir, et ensuite le formuler en parole. Il a appliqué cette technique, voire cet art, à plusieurs sujets, aussi au protestantisme. Et notamment au protestantisme quant à ses rapports avec le catholicisme. Problème aujourd'hui dépassé, car si autrefois le protestantisme a tenté de monter quelques marches plus haut que le catholicisme dans la formation de l'homme libre et responsable, il semble être aujourd'hui descendu quelques marches en dessous. Le catholicisme est encore en expansion au moins dans ses oeuvres, alors que des oeuvres protestantes font faillite. Ce qui n'est sans doute que la conséquence du fait que les protestants sont devenus une sorte d'allogoï, qui ne savent plus rien dire sur rien, surtout pas sur le protestantisme. Je me demande quelquefois si les dirigeants du protestantisme alsacien, et aussi français, seraient encore capables d'expliquer pourquoi ils sont protestants. Peut-être même pourquoi ils sont chrétiens.

Mais Frédéric Hoffet fut encore plus et mieux qu'un pratiquant efficace du logos. En parcourant le livre Païdeia de Jäger, sur l'éducation de l'homme grec - quelques 1 400 pages, publiées en 1933, toujours rééditées en allemand et en anglais, jamais traduites en français - j'ai appris que l'homme grec idéal, était, selon Homère, excellent dans le dire et tout autant dans le faire, avec une relation réciproque entre le dire et le faire. Une réciprocité et une efficacité qui doit exister aussi dans le logos, entre l'essence d'une chose et ce qu'on en dit.

Les époux Hoffet perdirent un magnifique garçon d'une encéphalite, huit jours après l'avoir fait vacciner contre le BCG. Frédéric Hoffet découvrit alors qu'il y avait en France un lobby de la vaccination. Il devint militant dans la ligue française pour la liberté des vaccinations. Pour en devenir le président.

Un autre exemple de cet idéal de l'homme grec définit par Homère fut Albert Schweitzer qui un jour décida qu'il mènerait une carrière universitaire jusqu'à trente ans et ensuite passerait à la praxis.

En conclusion je dirais que si cinq pour cent des protestants étaient des Frédéric Hoffet, notre société, voire notre civilisation se porterait beaucoup mieux. Et aussi le protestantisme, car les autres citoyens auraient une raison de penser que le protestantisme avait une raison d'être.

Manfred Stricker

 

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N
Monsieur Stricker, que la volonté des civilisations soit d’élever certains hommes (femmes…) au-dessus d’autres me semble douteuse, si l’on a le souci sincère de l’écoute et du respect de son prochain.<br /> Quel pourrait être le dessein d’une telle société ? A qui accordez-vous le privilège de juger la supériorité ? Au nombre ? à la mémoire ?... (Ne me répondez pas à la religion ou confession… surtout ne faites pas cela !) Car c’est de l’ambiguïté de ce dit jugement dont je me méfie… En tout cas, je ne souhaiterai pas vivre de et dans une telle civilisation dont je refuserai l’élitiste. Si, comme vous dîtes « pour voir le soleil » il faudrait avoir du soleil en soi, soit… Mais vous oubliez de dire qu’il faudrait aussi accepter de faire de l’ombre autour de soi ! Ce sont les motivations de votre discours qui me semblent être pleines d’ombres. Elles me paraissent hors propos en référence à la pensée de Frédéric Hoffet – voir la synthèse de la conférence tenue par son fils (http://unionprotlib.over-blog.com/1-categorie-212843.html) et notamment le passage que je recopie ici : « Thèse 2 : Le protestantisme est une religion fondamentalement axée sur le peuple de manière démocratique... en opposition au catholicisme qui met en œuvre un élitiste... ». J’étais présente à la conférence autour du livre de Frédéric Hoffet, « Politique romaine et démission des protestants » et la pensée de F. Hoffet dont vous faites l’éloge me semble être altérée par votre persistance à vous mettre vous en avant, vous et vos volontés d’élistisme… Il me semble que vous déformez la pensée de celui à qui vous voudriez rendre hommage. Dommage.<br />
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