L'idée que l'Eglise pourrait ne pas détenir la vérité ou toute la vérité, à partir du moment où le savoir s'émancipait, notamment au siècle des Lumières", mettait définitivement en question le caractère absolu de son pouvoir.
Luther en était resté à la justification par la foi - à vivre certes, dans le quotidien de la vie, mais qui n'avait pas d'incidence sur l'organisation de la société : il condamna la révolte des paysans. Calvin chercha une organisation de la vie de la cité qui soit articulée avec une foi vécue sur la base de principes "évangéliques". Aujourd'hui les religions doivent renoncer à un combat pour le pouvoir, mais non pas pour inviter les croyants à se recroqueviller sur eux-mêmes, étant entendu qu'une vie "communautaire" est nécessaire, mais à prendre leur part dans la construction d'un monde qui soit viable pour tous.
Le débat sur les rapports entre foi et sciences voudrait clarifier les rapports entre les domaines de la religion et de la science, souligner leur spécificité et laisser la place à l'interpellation réciproque. Celle-ci, dans le dialogue, permet d'avancer, de progresser. Ceci signifie clairement que non seulement la foi privée évolue, mais aussi les religions, si elles se prêtent à ce dialogue.
Un tel dialogue révèle naturellement des différences d'opinion, de culture,… - et ces différences enrichissent alors le dialogue et la coexistence, la conscience de notre identité est une condition même du dialogue. Mais ce dialogue est par définition, puisqu'il est ouverture et non repli, la garantie d'un dépassement des intégrismes. Quel est le but de la religion, sinon de nous aider à vivre notre vie en relation avec d'autres, à stimuler l'organisation d'un monde qui soit viable, basé sur le respect et l'émancipation de l'individu (cela n'a rien à voir avec un individualisme qui prônerait l'individu comme centre du monde).
Dans une telle perspective, nous ne saurons accepter aucun totalitarisme religieux, mais nous nous serons tenus de toujours rouvrir, dans la mesure du possible, le questionnement et le dialogue.
Ernest Winstein Septembre 2004