" la justification par la foi ". Première partie :
L'ACTUALITE DE LA " JUSTIFICATION PAR LA FOI "
La première partie de cette rencontre sur l'actualité de la doctrine de la justification par la foi fut consacrée à une présentation, par Christophe Kocher, de la déclaration commune luthéro-catholique et de son actualité au niveau œcuménique. Quels sont les enjeux actuels de cette doctrine, à la fois du côté catholique que du côté luthérien, et son importance pour les relations œcuméniques ? Une deuxième partie, présentée par Ernest Winstein, invite à prendre en compte le changement du contexte historique et à dépasser un enseignement qui était en situation.
Première partie :
La déclaration luthéro-catholique de 1999 sur " la justification par la foi ". Présentation et remarques critiques.
Par Christophe Kocher
Le 31 octobre 1999, jour de la fête de la Réformation, des représentants du Vatican et de la Fédération Luthérienne Mondiale ont signé un texte commun concernant la justification, une déclaration commune qui a connu un certain retentissement médiatique. En effet, il s'agit d'un pas important dans le dialogue œcuménique, dans la reconnaissance de l'autre : catholiques et luthériens manifestent officiellement qu'ils sont aujourd'hui d'accord sur la question qui était au centre des débats ayant mené à l'éclatement du christianisme au 16ème siècle, à savoir : Comment l'humain devient-il juste devant Dieu ? C'est la question du Salut : comment l'humain est-il sauvé ? - une question théologique fondamentale.
Par conséquent, pour Luther, les indulgences par exemple étaient inutiles et absurdes : l'humain ne peut en aucun cas être sauvé par ses propres moyens, par des œuvres qui sont considérées comme bonnes et salutaires par l'Eglise. Le Salut ne relève pas d'un commerce entre Dieu et les hommes, ou pire, entre Dieu et l'Eglise, mais le salut émerge - et ne peut émerger - que d'une confiance radicale de l'humain en l'amour et la grâce de Dieu ; autrement dit, l'humain est sauvé par sa foi.
La déclaration commune concernant la justification est en fait le fruit d'un long travail de réflexion et de dialogue entre catholiques et luthériens qui a été amorcé après Vatican II. La déclaration signée l'an dernier date en fait de 1997.
-la première est un préambule qui retrace le cheminement vers cette déclaration et qui marque les intentions de la déclaration.
-la deuxième partie (1) représente un rappel des données bibliques qui fondent de la déclaration.
-la troisième partie (2) est un cours paragraphe qui aborde les enjeux œcuméniques de la déclaration.
-la quatrième et la cinquième partie forment le corps de la déclaration. Elles expliquent la compréhension commune, l'aboutissement des réflexions menées de part et d'autres, et les nuances qui demeurent dans l'interprétation et donc pour l'application pratique.
-la 6éme partie aborde les conséquences de tels accords.
-enfin, la septième partie cite des textes de référence pour le dialogue œcuménique entre catholiques romains et luthériens, textes qui se situent en amont de la déclaration.
Ce qui fait l'unanimité, c'est le centre du message de l'apôtre Paul que j'évoquais déjà précédemment : nous ne pouvons pas gagner notre salut, mais il nous est donné, nous le recevons, par la grâce de Dieu et par notre foi. Et en recevant cette grâce, nous sommes aussi aptes à accomplir de bonnes œuvres, et non pas l'inverse : " nous confessons ensemble : c'est seulement par la grâce et par le moyen de la foi en l'action salvifique du Christ, et non sur la base de notre mérite que nous sommes acceptés par Dieu et que nous recevons l'Esprit Saint qui renouvelle nos cœurs, nous habilite et nous appelle à faire des œuvres bonnes ".
1er point : l'incapacité et le péché de la personne humaine face à la justification.
Néanmoins, l'Eglise catholique souligne que l'humain coopère à son salut par son oui, par son approbation, étant bien entendu que le fait qu'il puisse seulement entrer dans cette démarche et dire ce " oui " relève déjà de la grâce de Dieu.
Les luthériens par contre rejettent le mot de coopération et nient toute possibilité d'une contribution de l'homme à sa justification, ce qui n'exclut pas sa participation par la foi.
La nuance est mince et d'ordre sémantique, mais dans la pratique, elle peut se ressentir. Le mot coopérer est fort !
Si l'humain croit, Dieu ne retient pas son péché… une affirmation qui peut réduire à néant la dimension libératrice de la foi, dans la mesure où elle laisse entendre un commerce entre Dieu et les humains, la monnaie d'échange étant la foi, plutôt qu'une attitude responsable de l'individu face à son péché et la possibilité, ou la liberté d'un nouveau départ avec l'aide de Dieu…
Quoi qu'il en soit, les luthériens insistent sur l'individu devant Dieu, l'individu qui devient juste parce qu'il est en relation avec le Christ. Quant aux catholiques, ils placent plutôt l'accent sur le lien avec une vie nouvelle qui s'exprime par un amour agissant. Autrement dit, les luthériens insistent sur l'être, et les catholiques pointent d'emblée le faire.
Là aussi, les deux ne s'excluent pas, la nuance est subtile, mais donne lieu à une application différente, à un souci différent.
Pour ce point, les luthériens insistent sur le fondement, la sola fide, la foi seule alors que les catholiques insistent sur le baptême et le renouvellement de la vie par cette grâce qui justifie.
Par contre pour les catholiques, le baptême extirpe tout ce qui est vraiment péché de l'humain. Une tendance peut rester : c'est la " concupiscence ", mais il ne s'agit pas du Péché au sens propre, et cette tendance ne peut pas séparer le justifié de Dieu, à moins qu'il ne s'en sépare volontairement, de son plein gré. Mais il n'est pas victime du péché.
Bref, d'un côté, le baptême est d'une certaine manière considéré comme une garantie chez les catholiques, alors que dans l'autre, chez les luthériens, il s'agit d'un combat quotidien.
Pour les luthériens, la compréhension classique de la Loi, des 10 commandements, est maintenue, à savoir, le rôle de la Loi est de mettre l'homme face à son échec, face à son incapacité de les respecter entièrement, ce qui lui permet de découvrir qu'il dépend et ne peut dépendre que de la seule grâce de Dieu.
Pour les catholiques, la Loi est comprise comme faisant à part entière partie du chemin de salut, sans pour autant nier la grâce.
Là, la différence est plus évidente, et les conséquences pratiques aussi.
Pour les catholiques, elles ont un caractère méritoire dans le sens où elles s'inscrivent dans un cheminement, une croissance dans la grâce. Le texte parle d'un " salaire céleste promis à ces œuvres " ; pour les luthériens, plutôt gratuites, les œuvres ne sont que des signes et des fruits de la justification.
Là aussi, les enjeux pratiques sont évidents ; il suffit d'observer les manifestations autour du jubilé de l'an 2000 et des indulgences dans ce contexte, pratiques inconcevables du côté protestant.
Quelques remarques :
D'autre part, la théologie luthérienne contemporaine a placé d'autres accents qui n'apparaissent pas, ou en tous cas, qui sont étouffés par un choix de textes qui donnent une image du luthéranisme qui n'est plus forcément aussi marquée.
Et plus généralement, je me pose la question par rapport à la doctrine de la justification telle qu'elle est présentée dans le document : Peut-elle parler à nos contemporains ? Le langage utilisé et le message qu'il véhicule sont-ils susceptibles de toucher les femmes et les hommes d'aujourd'hui dans leurs questionnements spirituels et existentiels ?