Quelle volonté citoyenne pour " plus " d'Europe ?
Quelle volonté citoyenne pour " plus " d'Europe ?
Un demi-siècle de construction européenne n'empêche pas qu'aujourd'hui des problèmes économiques majeurs fassent surface. La situation de l'emploi n'est pas brillante. Les perspectives d'avenir qu'ouvre la mondialisation pour les économies nationales européennes ne réjouissent pas.
Il est sain que le peuple bouge et que ceux qui veulent défendre les acquis sociaux réagissent. Mais à qui s'adressent-ils et contre quoi réagissent-ils ? Il est tentant d'incriminer l'Europe et de s'opposer à son évolution, puisque tous les efforts consentis jusque-là n'ont pas empêché les problèmes d'aujourd'hui.
On peut cependant se demander si l'angoisse qui s'exprime ainsi, ici contre la Constitution européenne à l'occasion du référendum, là contre un chancelier voisin à l'occasion d'élections régionales, n'empêche pas de cerner les vraies questions liées à l'Europe ?
On réagit contre l'Europe des technocrates ? C'est la seule qui existe !
Mais y a-t-il eu, jusque là, une volonté politique d'aller au-delà d'une Europe construite sur un mode de fonctionnement économique ? N'est-ce pas parce que l'Europe ne dispose pas d'un véritable pouvoir politique qu'elle n'a pas qu'un poids relatif sur l'échiquier international et n'a pas les moyens d'influer pour orienter différemment l'économie mondiale ?
Il faut bien convenir que les politiques nationales à elles seules n'ont qu'un poids relatif, qu'elles sont évidemment bien moins efficaces que ne pourrait l'être l'Europe.La véritable question au sujet de l'Europe est alors : les gouvernements et les citoyens des pays de l'Union européenne veulent-ils donner à l'Europe un réel pouvoir politique ?
L'Europe qui sortira de la Constitution, si elle se trouve agréée, ne sera qu'une avancée relative sur la voie d'une entité plus efficace sur le plan mondial. Quelle volonté politique - citoyenne ! - permettra plus d'Europe ? Et dans quelle perspective s'inscrit cette évolution ? Voit-on, au bout de la lorgnette, le seul intérêt national - dans le sens d'une France plus forte ? Ou tient-on à inscrire l'évolution dans une perspective mondiale en nous demandant : Quelles règles de fonctionnement économique permettront à l'humanité de s'en sortir et voulons-nous les défendre ?
Curieusement, dans le débat d'aujourd'hui apparaît très peu le souci d'une société plus fraternelle, plus juste. Nos valeurs humanistes sont-elles à ce point mises à mal par le fonctionnement d'un monde qui mise tout sur le bonheur individuel, valeur motrice de la société de consommation ?Il est temps que les politiques disent clairement quel type d'Europe ils veulent promouvoir, en disant quel monde ils proposent de construire. Mais aussi, et d'abord, les citoyens ! Et qu'ils disent aux politiques leurs choix. Qu'ils en débattent. Beaucoup et encore plus. La démocratie, en effet, a besoin de citoyens majeurs…
Ernest Winstein