"Découvrir Dieu dans l'expérience humaine" selon Martin Buber
"Découvrir Dieu dans l'expérience humaine" selon Martin Buber
Par Annick Vanderlinden
(Conférence donnée à Strasbourg le 13 mars 2001 dans le cadre des conférences de l'Union Protestante Libérale, publiée dans les "Annales 2001" de l'UPL, pages 21 à 29)
Où es-tu ?
" Pour avoir été dénoncé calomnieusement aux autorités par l'un des principaux mitnagdim qui réprouvaient sa doctrine et ses voies, Rabbi Shnéour Zalman, le Rav de Russie, avait été jeté en prison à Saint-Pétersbourg et attendait sa comparution devant le tribunal quand il reçut, dans sa cellule, la visite du chef de la gendarmerie. Plongé dans sa méditation, Rabbi Zalman n'avait pas été distrait par cette survenue ; mais à voir le calme visage du prisonnier tout baigné de sérénité et de rayonnante puissance, l'officier devina quelle était la qualité de ce détenu. Il se mit à parler avec lui, ne tardant pas à lui poser toutes sortes de questions sur des points que lui-même, grand lecteur des saintes Ecritures n'avait pas résolus. " Et comment faut-il entendre, finit-il par demander, quand Dieu l'Omniscient appelle Adam et lui dit : "Où es-tu ?" - Vous-même, lui répondit Rabbi Zalman, croyez-vous de foi que l'Ecriture soit éternelle et qu'elle embrasse chaque temps, chaque génération, chaque individu même ? - Oui, je le crois. - Alors, reprit le Tsaddik , songez que Dieu à tout moment appelle ainsi chaque homme et lui demande : "Où es-tu dans ton monde ? Depuis que tu y as passé tant de jours et tant d'années, où en es-tu ?" Oui, c'est ce que Dieu demande, et par exemple, il dit : "Voilà quarante-six ans que tu es en vie, où en es-tu ?" " En entendant citer le chiffre exact de son âge, l'autre fit mine de conserver son calme et s'écria : " Bravo ! " en frappant le Rabbi sur l'épaule, mais la crainte faisait trembler son cœur. "
Ce court récit hassidique est extrait d'une conférence qu'a donnée Martin Buber lors d'un congrès à Bentveld en avril 1947. Martin Buber y exposait alors, à l'aide de récits tirés de la tradition hassidique, quels pouvaient être le chemin de l'homme et la tâche qui lui était proposée dans l'existence.
Ce récit hassidique était cher à Martin Buber. Pour lui, ce récit ne se contentait pas de relater une anecdote concernant " Le Rav " Shnéour Zalman de Ladi (c'était à son propos que l'histoire était racontée) ni ne se résumait à un simple conte talmudique. Pour lui, ce récit mettait en exergue une question que Dieu adresse à tout homme dans son existence.
Je m'explique : lorsque le capitaine demande au Rav de Russie Rabbi Shnéour Zalman comment il faut entendre la question que Dieu adresse à Adam en Genèse 3,10 (" Où es-tu ? "), il cherche à mettre son interlocuteur dans l'embarras. Il vise en effet à soulever une contradiction apparente dans la religion juive. Les Juifs croient à l'Omniscience de Dieu. Or, quand Dieu en Genèse 3,10 cherche Adam qui s'est caché, il lui demande précisément où il est. C'est donc que Dieu n'est pas omniscient, sans quoi il n'aurait eu nul besoin de lui poser la question.
Le Rav de Russie ne répond pas au capitaine comme ce dernier s'y attend. En réalité, le Rav ne répond pas à la question du capitaine, il la déplace. Le Rav utilise la question du capitaine pour lui retourner la question : Où es-tu toi ? " Où es-tu dans ton monde ? Depuis que tu y as passé tant de jours et tant d'années, où en es-tu ? Oui, c'est ce que Dieu demande " lui dit le Rav. En lui adressant cette question, le Rav fait comprendre au capitaine qu'il est lui-même dans la situation d'Adam, que chaque homme en réalité se trouve dans la même position qu'Adam face à Dieu qui le questionne " Où es-tu ? ". Alors le capitaine entend la question comme lui étant personnellement adressée et la crainte s'empare de son cœur.
Ce court récit hassidique et l'interprétation qu'en donne Martin Buber nous renseignent, non tant sur la conception hassidique de Dieu, de l'homme ou du monde, mais bien plus sur la conception propre à Martin Buber de Dieu, de l'homme, et de la tâche qui lui est dévolue dans l'existence.
C'est cette conception de Martin Buber que je vous invite aujourd'hui à examiner. Pour ce faire, je vais m'appuyer sur le récit que vous avez entendu tout à l'heure ainsi que sur diverses œuvres de Martin Buber.
Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, je voudrais encore dire quelques mots à propos de Martin Buber et de la tradition hassidique qui a joué un grand rôle dans son existence.
Ce récit hassidique était cher à Martin Buber. Pour lui, ce récit ne se contentait pas de relater une anecdote concernant " Le Rav " Shnéour Zalman de Ladi (c'était à son propos que l'histoire était racontée) ni ne se résumait à un simple conte talmudique. Pour lui, ce récit mettait en exergue une question que Dieu adresse à tout homme dans son existence.
Je m'explique : lorsque le capitaine demande au Rav de Russie Rabbi Shnéour Zalman comment il faut entendre la question que Dieu adresse à Adam en Genèse 3,10 (" Où es-tu ? "), il cherche à mettre son interlocuteur dans l'embarras. Il vise en effet à soulever une contradiction apparente dans la religion juive. Les Juifs croient à l'Omniscience de Dieu. Or, quand Dieu en Genèse 3,10 cherche Adam qui s'est caché, il lui demande précisément où il est. C'est donc que Dieu n'est pas omniscient, sans quoi il n'aurait eu nul besoin de lui poser la question.
Le Rav de Russie ne répond pas au capitaine comme ce dernier s'y attend. En réalité, le Rav ne répond pas à la question du capitaine, il la déplace. Le Rav utilise la question du capitaine pour lui retourner la question : Où es-tu toi ? " Où es-tu dans ton monde ? Depuis que tu y as passé tant de jours et tant d'années, où en es-tu ? Oui, c'est ce que Dieu demande " lui dit le Rav. En lui adressant cette question, le Rav fait comprendre au capitaine qu'il est lui-même dans la situation d'Adam, que chaque homme en réalité se trouve dans la même position qu'Adam face à Dieu qui le questionne " Où es-tu ? ". Alors le capitaine entend la question comme lui étant personnellement adressée et la crainte s'empare de son cœur.
Ce court récit hassidique et l'interprétation qu'en donne Martin Buber nous renseignent, non tant sur la conception hassidique de Dieu, de l'homme ou du monde, mais bien plus sur la conception propre à Martin Buber de Dieu, de l'homme, et de la tâche qui lui est dévolue dans l'existence.
C'est cette conception de Martin Buber que je vous invite aujourd'hui à examiner. Pour ce faire, je vais m'appuyer sur le récit que vous avez entendu tout à l'heure ainsi que sur diverses œuvres de Martin Buber.
Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, je voudrais encore dire quelques mots à propos de Martin Buber et de la tradition hassidique qui a joué un grand rôle dans son existence.
Martin Buber est un philosophe juif de langue allemande né à Vienne en 1878 et décédé à Jérusalem en 1965. Il représente l'une des figures les plus marquantes du Judaïsme du 20ème siècle et est souvent considéré comme l'un des précurseurs de la réflexion contemporaine sur la relation personnelle à autrui. Il a beaucoup contribué au développement et à la diffusion du Judaïsme et du Hassidisme en Occident. Il a, par exemple, collecté et réunit toute une série de récits, de contes et de sentences issus de la tradition hassidique pour les mettre par écrit.
Comme le terme de " Hassidisme " n'est peut-être pas clair pour tout le monde, je vais rapidement le définir : le Hassidisme est un mouvement religieux qui s'est développé en Pologne et en Ukraine dans le courant des 18ème et 19ème siècles. Il a été fondé par Rabbi Israel ben Elieser, surnommé Ba'al Shem Tov.
Le Hassidisme offre une forme popularisée de la Kabbale qui met l'accent sur la spontanéité et la ferveur du sentiment religieux et sur les préoccupations d'ordre éthique. Il cherche à susciter un renouveau dans la vie religieuse juive en éveillant l'enthousiasme du fidèle et en l'encourageant à un progrès intérieur permanent.
Martin Buber a été largement influencé par le Hassidisme au cours de son existence et ce dernier a présidé dans une certaine mesure à l'élaboration de sa conception de Dieu, de l'homme, du monde et de l'existence humaine. J'aurai l'occasion de revenir sur ces différents points.
Comme le terme de " Hassidisme " n'est peut-être pas clair pour tout le monde, je vais rapidement le définir : le Hassidisme est un mouvement religieux qui s'est développé en Pologne et en Ukraine dans le courant des 18ème et 19ème siècles. Il a été fondé par Rabbi Israel ben Elieser, surnommé Ba'al Shem Tov.
Le Hassidisme offre une forme popularisée de la Kabbale qui met l'accent sur la spontanéité et la ferveur du sentiment religieux et sur les préoccupations d'ordre éthique. Il cherche à susciter un renouveau dans la vie religieuse juive en éveillant l'enthousiasme du fidèle et en l'encourageant à un progrès intérieur permanent.
Martin Buber a été largement influencé par le Hassidisme au cours de son existence et ce dernier a présidé dans une certaine mesure à l'élaboration de sa conception de Dieu, de l'homme, du monde et de l'existence humaine. J'aurai l'occasion de revenir sur ces différents points.
Son œuvre présente une double contestation, l'une concernant le Judaïsme, l'autre la philosophie européenne de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle :
d'une part, Martin Buber décrie un certain appauvrissement du Judaïsme de son temps, qui se souciait alors plus, selon lui, des règles et des lois à observer que de la véritable progression spirituelle de l'individu. Il tente alors de lui insuffler un nouvel élan à partir de la ferveur et de la piété hassidiques. Il oppose à ce Judaïsme rationnel et légaliste une religiosité plus fervente et plus intérieure, dans laquelle l'homme se retrouve en situation de face à face avec Dieu.
C'est également à partir de la spiritualité hassidique que Martin Buber cherche d'autre part une réponse à la crise scientiste et mécaniste que traverse la philosophie européenne de son époque. Refusant les schémas de l'idéalisme allemand de Kant et Hegel, Martin Buber tente de repenser les rapports entre l'homme, le monde et Dieu. Pour exprimer sa pensée, il ne prend pas appui sur un système doctrinal ou dogmatique, mais part au contraire de l'existence concrète de l'homme. Il lutte sans relâche contre toute tentative déshumanisante et dépersonnalisante, contre quelque réduction de l'homme à une idée, un concept voire un instrument que ce soit. Il élabore alors une philosophie personnaliste et existentielle, nommé " Philosophie dialogale " (ou Philosophie du dialogue), qui promeut la véritable rencontre entre les personnes sous la forme du dialogue.
En deux mots, quelle a été la vie de Martin Buber ?
Après la séparation de ses parents, Martin Buber est envoyé chez ses grands-parents à Lemberg (en Ukraine, près de la Pologne) où il est élevé dans l'observance et le respect de la piété juive, fortement imprégnée de Hassidisme. En fait, son grand-père, Salomon Buber, occupe une place importante au sein du mouvement du Hassidisme, et son oncle, Rafael Buber, au sein du sionisme. Martin Buber se verra fortement influencé par ces deux mouvements au cours de son existence.
Martin Buber a enseigné presque toute sa vie, tout d'abord la Philosophie et la Religion juive à l'Université de Francfort de 1923 à 1933. Puis, contraint à l'exil en 1938 suite à l'ascension au pouvoir de Hitler, il rejoignit Jérusalem, la terre de ses origines, qu'il retrouva dans un climat de guerre civile, pour y occuper la Chaire de Philosophie sociale jusqu'à sa retraite.
Toute la vie, les œuvres et les actes de Martin Buber sont traversés par une volonté de réconciliation entre les hommes, entre l'homme et la nature et entre l'homme et Dieu. Il a été, par exemple, un acteur infatigable dans la reprise du dialogue entre les Juifs et les Allemands au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, et a beaucoup œuvré pour la création d'un Etat binational en Palestine en 1946 et pour une entente entre les Juifs et les Arabes. Travailleur infatigable, homme profond, doué d'un sens certain du dialogue, Martin Buber n'a de cesse, sa vie durant, de penser les relations entre les hommes et de s'y engager.
d'une part, Martin Buber décrie un certain appauvrissement du Judaïsme de son temps, qui se souciait alors plus, selon lui, des règles et des lois à observer que de la véritable progression spirituelle de l'individu. Il tente alors de lui insuffler un nouvel élan à partir de la ferveur et de la piété hassidiques. Il oppose à ce Judaïsme rationnel et légaliste une religiosité plus fervente et plus intérieure, dans laquelle l'homme se retrouve en situation de face à face avec Dieu.
C'est également à partir de la spiritualité hassidique que Martin Buber cherche d'autre part une réponse à la crise scientiste et mécaniste que traverse la philosophie européenne de son époque. Refusant les schémas de l'idéalisme allemand de Kant et Hegel, Martin Buber tente de repenser les rapports entre l'homme, le monde et Dieu. Pour exprimer sa pensée, il ne prend pas appui sur un système doctrinal ou dogmatique, mais part au contraire de l'existence concrète de l'homme. Il lutte sans relâche contre toute tentative déshumanisante et dépersonnalisante, contre quelque réduction de l'homme à une idée, un concept voire un instrument que ce soit. Il élabore alors une philosophie personnaliste et existentielle, nommé " Philosophie dialogale " (ou Philosophie du dialogue), qui promeut la véritable rencontre entre les personnes sous la forme du dialogue.
En deux mots, quelle a été la vie de Martin Buber ?
Après la séparation de ses parents, Martin Buber est envoyé chez ses grands-parents à Lemberg (en Ukraine, près de la Pologne) où il est élevé dans l'observance et le respect de la piété juive, fortement imprégnée de Hassidisme. En fait, son grand-père, Salomon Buber, occupe une place importante au sein du mouvement du Hassidisme, et son oncle, Rafael Buber, au sein du sionisme. Martin Buber se verra fortement influencé par ces deux mouvements au cours de son existence.
Martin Buber a enseigné presque toute sa vie, tout d'abord la Philosophie et la Religion juive à l'Université de Francfort de 1923 à 1933. Puis, contraint à l'exil en 1938 suite à l'ascension au pouvoir de Hitler, il rejoignit Jérusalem, la terre de ses origines, qu'il retrouva dans un climat de guerre civile, pour y occuper la Chaire de Philosophie sociale jusqu'à sa retraite.
Toute la vie, les œuvres et les actes de Martin Buber sont traversés par une volonté de réconciliation entre les hommes, entre l'homme et la nature et entre l'homme et Dieu. Il a été, par exemple, un acteur infatigable dans la reprise du dialogue entre les Juifs et les Allemands au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, et a beaucoup œuvré pour la création d'un Etat binational en Palestine en 1946 et pour une entente entre les Juifs et les Arabes. Travailleur infatigable, homme profond, doué d'un sens certain du dialogue, Martin Buber n'a de cesse, sa vie durant, de penser les relations entre les hommes et de s'y engager.
Le centre de sa réflexion a pour thème la relation : la relation de l'homme à la nature, des hommes entre eux, et de l'homme à Dieu.
La relation constitue la catégorie fondamentale de sa philosophie et de sa théologie. La relation est, pour lui, une catégorie innée de l'être, le mode par lequel l'homme perçoit ce qui l'entoure. Elle constitue l'unique mode par lequel l'homme appréhende la réalité. Pour lui, dès lors que l'homme perçoit la réalité, l'homme entre en relation. L'homme ne perçoit que dans et par une relation. L'être ou l'essence chez Martin Buber ne résident donc ni dans un sujet ni dans un objet, mais dans une relation.
Le point de départ de la réflexion de Martin Buber n'est donc pas le monde en lui-même ou l'homme en lui-même, mais la relation que l'homme peut entretenir avec le monde, avec l'autre homme et avec Dieu.
Cette conception de Martin Buber du monde et de la réalité doit beaucoup au Hassidisme. Il résume ainsi l'essentiel du message hassidique :
" Il [le message hassidique] peut s'exprimer en une seule phrase : on peut voir Dieu dans chaque chose ; on peut l'atteindre à travers tout acte pur. (…) Dans la pensée hassidique, le monde entier n'est que parole jaillie de la bouche de Dieu. "
La relation constitue la catégorie fondamentale de sa philosophie et de sa théologie. La relation est, pour lui, une catégorie innée de l'être, le mode par lequel l'homme perçoit ce qui l'entoure. Elle constitue l'unique mode par lequel l'homme appréhende la réalité. Pour lui, dès lors que l'homme perçoit la réalité, l'homme entre en relation. L'homme ne perçoit que dans et par une relation. L'être ou l'essence chez Martin Buber ne résident donc ni dans un sujet ni dans un objet, mais dans une relation.
Le point de départ de la réflexion de Martin Buber n'est donc pas le monde en lui-même ou l'homme en lui-même, mais la relation que l'homme peut entretenir avec le monde, avec l'autre homme et avec Dieu.
Cette conception de Martin Buber du monde et de la réalité doit beaucoup au Hassidisme. Il résume ainsi l'essentiel du message hassidique :
" Il [le message hassidique] peut s'exprimer en une seule phrase : on peut voir Dieu dans chaque chose ; on peut l'atteindre à travers tout acte pur. (…) Dans la pensée hassidique, le monde entier n'est que parole jaillie de la bouche de Dieu. "
Dans cette conception du monde, que partage Martin Buber, il y a une unité sous-jacente à toute chose, unité qui est Dieu. Dieu est présent en toute chose, il est présent dans le monde, la réalité tout entière repose en Dieu. Elle existe indépendamment de l'homme qui la perçoit et la pense (réalité transcendante) ; et parce que cette réalité est indépendante de l'homme, l'homme peut entretenir une relation avec elle.
Martin Buber tire cette découverte fondamentale que l'homme est un être en relation et qu'il ne se définit que par cet être-en-relation de la tradition hassidique, nous l'avons dit, mais aussi et surtout de sa lecture et de sa méditation de l'Ancien Testament. Martin Buber est en effet un fervent lecteur de l'Ancien Testament ; il l'a traduit et commenté jusqu'à la fin de ses jours. On lui doit à ce propos une traduction poétique qui veut respecter la lettre hébraïque de l'Ancien Testament en allemand, qu'il a effectuée avec son ami Franz Rosenzweig, et nombre de commentaires bibliques.
Martin Buber tire cette découverte fondamentale que l'homme est un être en relation et qu'il ne se définit que par cet être-en-relation de la tradition hassidique, nous l'avons dit, mais aussi et surtout de sa lecture et de sa méditation de l'Ancien Testament. Martin Buber est en effet un fervent lecteur de l'Ancien Testament ; il l'a traduit et commenté jusqu'à la fin de ses jours. On lui doit à ce propos une traduction poétique qui veut respecter la lettre hébraïque de l'Ancien Testament en allemand, qu'il a effectuée avec son ami Franz Rosenzweig, et nombre de commentaires bibliques.
Pour expliciter la catégorie de la relation qu'il dégage et la faire advenir au langage, Martin Buber use de pronoms personnels tels que Je, Tu et Cela.
Il note que Je de l'homme n'existe pas en soi, mais qu'il n'existe qu'en vertu d'une relation.
Il constitue ainsi deux couples de pronoms, respectivement Je-Cela et Je-Tu (qu'il nomme aussi mots-principes ou mots fondamentaux), qui correspondent à deux attitudes fondamentales, à deux manières dont l'homme dispose pour appréhender la réalité :
le mode de relation Je-Cela exprime le mode de l'objectivation et de l'utilisation, de la connaissance intellectuelle et technique. C'est le mode de l'évocation ;
" le mode de relation Je-Tu prend en compte la sphère spirituelle de l'homme qui signifie ouverture à la présence, mystère qui échappe à toute objectivation. Ce mode de relation implique la réciprocité des deux partenaires Je et Tu. C'est le mode de l'invocation qui relève d'une attitude existentielle : " dire Tu ", dans l'invocation, est un acte de l'être entier, un acte essentiel qui requiert l'entièreté, la totalité de la personne qui le prononce :
" Lorsque, placé en face d'un homme qui est mon Tu, je lui dis le mot fondamental Je-Tu, il n'est plus une chose entre les choses, il ne se compose pas de choses.
Il n'est pas Il ou Elle, limité par d'autres Ils ou Elles, un point détaché de l'espace et du temps et fixé dans le réseau de l'univers. Il n'est pas un mode de l'être, perceptible, descriptible, un faisceau lâche de qualités définies. Mais sans voisins et hors de toute connexion, il est le Tu et il remplit l'horizon. Non qu'il n'existe rien en dehors de lui ; mais toutes choses vivent dans sa lumière. (…)
Aucune imposture n'a d'accès en ce lieu ; c'est ici le berceau de la Vie Véritable. "
Il note que Je de l'homme n'existe pas en soi, mais qu'il n'existe qu'en vertu d'une relation.
Il constitue ainsi deux couples de pronoms, respectivement Je-Cela et Je-Tu (qu'il nomme aussi mots-principes ou mots fondamentaux), qui correspondent à deux attitudes fondamentales, à deux manières dont l'homme dispose pour appréhender la réalité :
le mode de relation Je-Cela exprime le mode de l'objectivation et de l'utilisation, de la connaissance intellectuelle et technique. C'est le mode de l'évocation ;
" le mode de relation Je-Tu prend en compte la sphère spirituelle de l'homme qui signifie ouverture à la présence, mystère qui échappe à toute objectivation. Ce mode de relation implique la réciprocité des deux partenaires Je et Tu. C'est le mode de l'invocation qui relève d'une attitude existentielle : " dire Tu ", dans l'invocation, est un acte de l'être entier, un acte essentiel qui requiert l'entièreté, la totalité de la personne qui le prononce :
" Lorsque, placé en face d'un homme qui est mon Tu, je lui dis le mot fondamental Je-Tu, il n'est plus une chose entre les choses, il ne se compose pas de choses.
Il n'est pas Il ou Elle, limité par d'autres Ils ou Elles, un point détaché de l'espace et du temps et fixé dans le réseau de l'univers. Il n'est pas un mode de l'être, perceptible, descriptible, un faisceau lâche de qualités définies. Mais sans voisins et hors de toute connexion, il est le Tu et il remplit l'horizon. Non qu'il n'existe rien en dehors de lui ; mais toutes choses vivent dans sa lumière. (…)
Aucune imposture n'a d'accès en ce lieu ; c'est ici le berceau de la Vie Véritable. "
La Vie véritable pour Martin Buber se constitue donc non d'une relation avec les choses ou avec un être considéré comme une chose ou un objet, mais d'une relation véritable, c'est-à-dire d'une relation qui s'instaure entre deux êtres qui se font face et se considèrent comme des personnes, comme deux êtres à part entière. Quand ces deux êtres se considèrent comme des personnes, ils instaurent entre eux un dialogue.
Le dialogue ne désigne pas dans la pensée de Martin Buber ce que nous avons communément l'habitude d'entendre par dialogue, à savoir une conversation entre deux interlocuteurs qui se parlent, simple échange entre deux personnes. Le dialogue traduit chez lui une véritable attitude existentielle, un comportement distinct, actualisé par la rencontre de Je et de Tu et par la relation qui s'instaure entre eux.
Martin Buber forge cette compréhension du dialogue à sa lecture de l'Ancien Testament, qu'il perçoit comme une vaste fresque de rencontres, de relations, de dialogues entre le haut et le bas, entre le ciel et la terre, entre le Créateur et sa créature. Je cite un passage tiré d'une conférence de Martin Buber intitulée " Le Dialogue entre le ciel et la terre " :
" Ce que la conception biblique de l'existence a dévoilé de plus important, pour tous les temps, nous apparaît lorsque nous comparons l'Ecriture Sainte d'Israël à tous les autres livres sacrés qui ont vu le jour, indépendamment d'elle, parmi les autres nations. Aucun de ces livres n'est, comme celui-ci, rempli d'un dialogue entre le ciel et la terre. Il nous est raconté comment Dieu, toujours à nouveau, s'adresse à l'homme, et comment l'homme s'adresse à lui. Dieu informe l'homme de son projet concernant le monde, il lui fait partager "sa réflexion", (…). Il lui découvre ses intentions, l'appelle à participer à leur réalisation. Mais l'homme n'est pas un instrument aveugle, il a été créé libre (…), libre de se soumettre à lui ou de lui opposer un refus. A l'interpellation souveraine de Dieu, l'homme donne sa réponse autonome. "
Le dialogue ne désigne pas dans la pensée de Martin Buber ce que nous avons communément l'habitude d'entendre par dialogue, à savoir une conversation entre deux interlocuteurs qui se parlent, simple échange entre deux personnes. Le dialogue traduit chez lui une véritable attitude existentielle, un comportement distinct, actualisé par la rencontre de Je et de Tu et par la relation qui s'instaure entre eux.
Martin Buber forge cette compréhension du dialogue à sa lecture de l'Ancien Testament, qu'il perçoit comme une vaste fresque de rencontres, de relations, de dialogues entre le haut et le bas, entre le ciel et la terre, entre le Créateur et sa créature. Je cite un passage tiré d'une conférence de Martin Buber intitulée " Le Dialogue entre le ciel et la terre " :
" Ce que la conception biblique de l'existence a dévoilé de plus important, pour tous les temps, nous apparaît lorsque nous comparons l'Ecriture Sainte d'Israël à tous les autres livres sacrés qui ont vu le jour, indépendamment d'elle, parmi les autres nations. Aucun de ces livres n'est, comme celui-ci, rempli d'un dialogue entre le ciel et la terre. Il nous est raconté comment Dieu, toujours à nouveau, s'adresse à l'homme, et comment l'homme s'adresse à lui. Dieu informe l'homme de son projet concernant le monde, il lui fait partager "sa réflexion", (…). Il lui découvre ses intentions, l'appelle à participer à leur réalisation. Mais l'homme n'est pas un instrument aveugle, il a été créé libre (…), libre de se soumettre à lui ou de lui opposer un refus. A l'interpellation souveraine de Dieu, l'homme donne sa réponse autonome. "
Ce dialogue qui s'instaure entre l'homme et Dieu ou entre deux êtres qui se considèrent comme des personnes constitue précisément la tâche qui incombe à l'homme dans son existence. Il s'agit bel et bien d'une tâche, car il ne va en effet pas de soi pour l'homme d'instaurer ce dialogue dans sa relation aux choses ou aux êtres. Pourquoi ?
Nous l'avons vu, l'attitude de l'homme, conformément aux deux modes de relation Je-Cela et Je-Tu qu'il est à même d'entretenir, peut être double. L'homme a toujours le choix de considérer une chose selon le mode de relation Je-Cela, ou selon le mode de relation Je-Tu.
Par le premier mode de relation, l'homme manque d'un point de vue existentiel l'être de ce qui ou de celui qui lui fait face, car il ne considère alors qu'un aspect de cet être. L'être y est observé, scruté, analysé, décortiqué. On cherche à le comprendre pour le maîtriser voire l'utiliser. En tous les cas, on ne cherche pas à connaître intimement cet être (selon une expression chère à Buber), ni à ressentir sa présence, mais seulement à connaître la façon dont il apparaît dans le monde. Cette attitude objectivante introduit une distance, une barrière qui inhibe toute rencontre et toute relation véritable.
Dans deux de ses ouvrages majeurs, à savoir Je et Tu et L'Eclipse de Dieu , Martin Buber montre comment tant le développement de la vie de l'homme que celui de la société favorisent la croissance du monde du Cela. En grandissant, l'homme accorde une importance de plus en plus marquée au monde du Cela et tend à délaisser et oublier le mode de relation authentique que représente le mode de relation Je-Tu. Les connaissances rationnelles, scientifiques et techniques encouragent également cette croissance et y contribuent. La rencontre véritable entre deux êtres qui se voient et se reconnaissent en tant que " personnes " à part entière s'efface alors au profit d'un échange impersonnel, froid et fonctionnel.
Contre cette croissance du monde du Cela, Martin Buber n'a de cesse d'exhorter les hommes à s'engager dans leur vie, et à partir à la rencontre des hommes, du monde et de Dieu. Durant toute sa vie et dans toute son œuvre, Martin Buber récuse et lutte contre une vision fataliste, déterministe ou fonctionnelle de l'existence. Il enjoint les hommes à se rencontrer en privilégiant et en entretenant des relations Je-Tu, car seules ces dernières ouvrent à la vie véritable, à la rencontre et au dialogue authentique.
Nous l'avons vu, l'attitude de l'homme, conformément aux deux modes de relation Je-Cela et Je-Tu qu'il est à même d'entretenir, peut être double. L'homme a toujours le choix de considérer une chose selon le mode de relation Je-Cela, ou selon le mode de relation Je-Tu.
Par le premier mode de relation, l'homme manque d'un point de vue existentiel l'être de ce qui ou de celui qui lui fait face, car il ne considère alors qu'un aspect de cet être. L'être y est observé, scruté, analysé, décortiqué. On cherche à le comprendre pour le maîtriser voire l'utiliser. En tous les cas, on ne cherche pas à connaître intimement cet être (selon une expression chère à Buber), ni à ressentir sa présence, mais seulement à connaître la façon dont il apparaît dans le monde. Cette attitude objectivante introduit une distance, une barrière qui inhibe toute rencontre et toute relation véritable.
Dans deux de ses ouvrages majeurs, à savoir Je et Tu et L'Eclipse de Dieu , Martin Buber montre comment tant le développement de la vie de l'homme que celui de la société favorisent la croissance du monde du Cela. En grandissant, l'homme accorde une importance de plus en plus marquée au monde du Cela et tend à délaisser et oublier le mode de relation authentique que représente le mode de relation Je-Tu. Les connaissances rationnelles, scientifiques et techniques encouragent également cette croissance et y contribuent. La rencontre véritable entre deux êtres qui se voient et se reconnaissent en tant que " personnes " à part entière s'efface alors au profit d'un échange impersonnel, froid et fonctionnel.
Contre cette croissance du monde du Cela, Martin Buber n'a de cesse d'exhorter les hommes à s'engager dans leur vie, et à partir à la rencontre des hommes, du monde et de Dieu. Durant toute sa vie et dans toute son œuvre, Martin Buber récuse et lutte contre une vision fataliste, déterministe ou fonctionnelle de l'existence. Il enjoint les hommes à se rencontrer en privilégiant et en entretenant des relations Je-Tu, car seules ces dernières ouvrent à la vie véritable, à la rencontre et au dialogue authentique.
Dans la pensée de Martin Buber, la relation Je-Tu peut s'établir dans trois sphères, respectivement : la vie avec la nature, avec les autres hommes et la communion avec les essences spirituelles.
La relation avec la nature est une relation obscurément réciproque et non explicite. C'est une relation qui bute au seuil du langage.
" Contrairement à la relation avec la nature, la relation avec les hommes est une relation manifeste et explicite. Cette sphère de relation est considérée par Martin Buber comme étant celle qui réalise le plus parfaitement le don et la réception réciproques du Tu.
" La relation de communion avec les essences spirituelles (qui comprend la relation avec Dieu) incarne une relation qui se dévoile, une relation qui, bien que muette, engendre un langage et incite à l'action.
La relation avec la nature est une relation obscurément réciproque et non explicite. C'est une relation qui bute au seuil du langage.
" Contrairement à la relation avec la nature, la relation avec les hommes est une relation manifeste et explicite. Cette sphère de relation est considérée par Martin Buber comme étant celle qui réalise le plus parfaitement le don et la réception réciproques du Tu.
" La relation de communion avec les essences spirituelles (qui comprend la relation avec Dieu) incarne une relation qui se dévoile, une relation qui, bien que muette, engendre un langage et incite à l'action.
Je vais à présent m'attarder sur cette troisième sphère de relation, car c'est en elle que se pose la question de Dieu, et exposer de quelle façon, pour Martin Buber, nous pouvons découvrir Dieu dans l'existence et l'expérience humaines. Je vais commencer par regarder avec vous la définition que reçoit Dieu dans la pensée de Martin Buber, puis nous examinerons de quelle manière l'homme peut à ses yeux percevoir et découvrir Dieu dans son existence et l'actualiser dans sa vie quotidienne.
Dieu reçoit, chez Martin Buber, une définition et une dénomination tout à fait originales et, je trouve, très belle : Dieu est le Tu éternel, la personne absolue.
Percevoir et comprendre Dieu comme un Tu (le Tu éternel), relève d'une volonté d'offrir l'être et la personne même de Dieu à portée et à saisie humaines. En définissant Dieu comme Tu, Martin Buber confère à Dieu la qualité de personne. Dieu ne se comprend ni comme un principe ou une idée, mais comme une personne avec laquelle l'homme peut entretenir une relation et entamer un dialogue.
Ainsi, Dieu ne se donne pas à saisir, dans la pensée de Martin Buber, comme une toute-puissance lointaine, ou une Transcendance inaccessible, mais comme une présence proche de l'homme et accessible à lui.
Cette qualification de Dieu comme d'une personne, Martin Buber la découvre dans l'Ancien Testament. En effet, remarque Martin Buber, le Dieu de l'Ancien Testament est un Dieu qui se tourne vers l'homme, qui s'offre à lui comme une personne afin que l'homme puisse le saisir et entrer en relation avec lui. Il se présente au Je de l'homme en qualité de Tu, entrant de ce fait dans le champ de l'expérience humaine. La formule d'Exode 3,14 est à cet égard centrale, lorsque Dieu répond à Moïse l'interrogeant sur son nom : " Je suis celui que je suis " (selon la traduction de Martin Buber). Cette réponse définit, aux yeux de Martin Buber, de manière exemplaire la manière dont Dieu se révèle à l'homme et lui manifeste son être qui se concrétise par sa présence.
L'être de Dieu ne désigne donc pas un être abstrait, saisissable que par l'intellect ou sur un mode intellectuel. Dieu ne se révèle pas dans une abstraction sur l'être, mais dans une présence concrète qui se traduit par un " être-concret-avec-les-hommes ". Dieu se révèle, selon les propos de Martin Buber, comme " Celui qui est là ", " Celui qui se tient et qui agit au milieu des hommes ", " Celui qui reste près d'eux et qui marche avec eux " .
Dieu se donne à connaître à l'homme dans une relation Je-Tu. Cette relation n'équivaut pas cependant à toute relation Je-Tu, mais réalise la relation Je-Tu authentiquement parfaite :
" Les lignes de toutes les relations, si on les prolonge, se coupent dans le Tu éternel. Chaque Tu individuel ouvre une perspective sur le Tu éternel. Dans chaque Tu individuel, le mot fondamental invoque le Tu éternel. (…) le Tu inné se réalise en chacun et ne se parachève en aucun. Il ne se réalise parfaitement que dans la relation immédiate avec le seul Tu qui par essence ne puisse jamais devenir un Cela. "
Cette citation est particulièrement intéressante en ce qu'elle nous renseigne sur l'expérience que l'homme peut faire de Dieu dans son existence. Elle affirme deux choses à ce sujet :
1°) l'expérience de Dieu ne précède pas, dans la pensée de Martin Buber, les relations que l'homme peut entretenir avec la nature ou avec ses contemporains. Au contraire, ce sont ces dernières relations qui précèdent le champ de l'expérience divine. La théologie de Martin Buber se conçoit et s'énonce à partir de l'expérience humaine. L'expérience religieuse ne constitue pas une expérience extraordinaire, sortant de l'expérience quotidienne des hommes. Elle s'y inscrit. Les relations de l'homme avec la nature ou avec les autres hommes constituent autant de signes de l'existence d'une relation plus haute et plus parfaite, qu'est la relation avec Dieu ;
2°) toutes les relations que Je peut entretenir avec Tu, que ce soit dans la sphère de relation avec la nature ou avec les hommes, ne s'accomplissent jamais parfaitement. Elles ouvrent une fenêtre sur une relation plus haute et plus authentiquement parfaite qu'est la relation que Je peut expérimenter avec Tu éternel, c'est-à-dire la relation à Dieu. Les relations Je-Tu ne trouvent leur achèvement et leur perfection que dans la relation à Dieu.
L'expérience que l'homme est à même de faire de Dieu s'inscrit donc au cœur de son humanité. En entretenant des relations Je-Tu dans son existence, l'homme est naturellement amené à découvrir la présence de Dieu à l'œuvre dans sa vie et ses relations et à le rencontrer dans une relation personnelle.
Percevoir et comprendre Dieu comme un Tu (le Tu éternel), relève d'une volonté d'offrir l'être et la personne même de Dieu à portée et à saisie humaines. En définissant Dieu comme Tu, Martin Buber confère à Dieu la qualité de personne. Dieu ne se comprend ni comme un principe ou une idée, mais comme une personne avec laquelle l'homme peut entretenir une relation et entamer un dialogue.
Ainsi, Dieu ne se donne pas à saisir, dans la pensée de Martin Buber, comme une toute-puissance lointaine, ou une Transcendance inaccessible, mais comme une présence proche de l'homme et accessible à lui.
Cette qualification de Dieu comme d'une personne, Martin Buber la découvre dans l'Ancien Testament. En effet, remarque Martin Buber, le Dieu de l'Ancien Testament est un Dieu qui se tourne vers l'homme, qui s'offre à lui comme une personne afin que l'homme puisse le saisir et entrer en relation avec lui. Il se présente au Je de l'homme en qualité de Tu, entrant de ce fait dans le champ de l'expérience humaine. La formule d'Exode 3,14 est à cet égard centrale, lorsque Dieu répond à Moïse l'interrogeant sur son nom : " Je suis celui que je suis " (selon la traduction de Martin Buber). Cette réponse définit, aux yeux de Martin Buber, de manière exemplaire la manière dont Dieu se révèle à l'homme et lui manifeste son être qui se concrétise par sa présence.
L'être de Dieu ne désigne donc pas un être abstrait, saisissable que par l'intellect ou sur un mode intellectuel. Dieu ne se révèle pas dans une abstraction sur l'être, mais dans une présence concrète qui se traduit par un " être-concret-avec-les-hommes ". Dieu se révèle, selon les propos de Martin Buber, comme " Celui qui est là ", " Celui qui se tient et qui agit au milieu des hommes ", " Celui qui reste près d'eux et qui marche avec eux " .
Dieu se donne à connaître à l'homme dans une relation Je-Tu. Cette relation n'équivaut pas cependant à toute relation Je-Tu, mais réalise la relation Je-Tu authentiquement parfaite :
" Les lignes de toutes les relations, si on les prolonge, se coupent dans le Tu éternel. Chaque Tu individuel ouvre une perspective sur le Tu éternel. Dans chaque Tu individuel, le mot fondamental invoque le Tu éternel. (…) le Tu inné se réalise en chacun et ne se parachève en aucun. Il ne se réalise parfaitement que dans la relation immédiate avec le seul Tu qui par essence ne puisse jamais devenir un Cela. "
Cette citation est particulièrement intéressante en ce qu'elle nous renseigne sur l'expérience que l'homme peut faire de Dieu dans son existence. Elle affirme deux choses à ce sujet :
1°) l'expérience de Dieu ne précède pas, dans la pensée de Martin Buber, les relations que l'homme peut entretenir avec la nature ou avec ses contemporains. Au contraire, ce sont ces dernières relations qui précèdent le champ de l'expérience divine. La théologie de Martin Buber se conçoit et s'énonce à partir de l'expérience humaine. L'expérience religieuse ne constitue pas une expérience extraordinaire, sortant de l'expérience quotidienne des hommes. Elle s'y inscrit. Les relations de l'homme avec la nature ou avec les autres hommes constituent autant de signes de l'existence d'une relation plus haute et plus parfaite, qu'est la relation avec Dieu ;
2°) toutes les relations que Je peut entretenir avec Tu, que ce soit dans la sphère de relation avec la nature ou avec les hommes, ne s'accomplissent jamais parfaitement. Elles ouvrent une fenêtre sur une relation plus haute et plus authentiquement parfaite qu'est la relation que Je peut expérimenter avec Tu éternel, c'est-à-dire la relation à Dieu. Les relations Je-Tu ne trouvent leur achèvement et leur perfection que dans la relation à Dieu.
L'expérience que l'homme est à même de faire de Dieu s'inscrit donc au cœur de son humanité. En entretenant des relations Je-Tu dans son existence, l'homme est naturellement amené à découvrir la présence de Dieu à l'œuvre dans sa vie et ses relations et à le rencontrer dans une relation personnelle.
Mais comment s'effectue cette rencontre ? Comment l'homme peut-il, au sein des diverses relations Je-Tu qu'il connaît dans son existence reconnaître l'œuvre et la personne de Dieu ? Comment est-il amené à distinguer la trace de Dieu dans son existence ?
La rencontre avec Dieu, dans la pensée de Martin Buber, n'a en réalité rien d'extraordinaire ou de tonitruant. Elle s'inscrit en filigrane des relations Je-Tu que l'homme engage dans son existence. Elle consiste à ce que l'homme, à un moment donné, admette qu'il a atteint la moitié du chemin, qu'il peut se rendre maître du monde dans lequel il vit, disposer de connaissances variées, mais que malgré cela il aspire à une relation plus haute et plus parfaite que celles qu'il a connues jusque-là.
Ses contacts avec divers Tu dans la sphère de la nature ou dans la sphère de l'interhumain lui indiquent le chemin et font germer en lui l'espérance d'une relation plus parfaite. L'homme réalise alors qu'il tend à cette relation supérieure et qu'un appel lui est adressé. Cette prise de conscience occasionne ce que Martin Buber nomme un " Revirement " dans la vie de l'homme.
Le Revirement constitue une étape importante sur le chemin de l'homme et a partie liée avec la Grâce : il signifie l'entrée de Tu éternel dans l'existence de Je. Cette rencontre engendre une nouvelle conscience de soi, la conscience de soi véritable, qui amène l'homme à considérer son origine et sa destinée constitués par l'" être-en-relation ". L'" être-en-relation " est proprement le contenu de la Révélation : l'" être " est ce qui se révèle, c'est-à-dire l'" être-en-relation ", rien de plus.
La Révélation est le phénomène de la présence de Dieu dans l'espace et dans le temps, ici et maintenant. Elle est une Révélation éternelle qui s'effectue jour après jour, une Révélation en devenir. C'est dans et par la rencontre que Dieu se révèle et se donne à connaître à l'homme. Dieu interpelle l'homme qui répond à cette apostrophe par la foi, c'est-à-dire en reconnaissant et en confessant que cette apostrophe vient de Dieu. La Révélation est un événement qui a lieu dans la rencontre, c'est-à-dire dans l'" entre-deux ", et demande à être actualisée dans les différentes rencontres qui se présentent sur le chemin de l'homme.
La Transcendance de Dieu se découvre donc et se donne à connaître au cœur de l'expérience humaine. Elle demande à être incarnée dans la matière de l'existence humaine. Si Dieu se manifeste à l'homme par une présence concrète dans sa vie et ses relations, c'est également par une présence concrète envers ses contemporains que l'homme pourra manifester et actualiser Dieu dans son existence.
La Révélation et la rencontre avec Dieu n'encouragent pas l'homme à la passivité, mais requièrent au contraire une participation de sa part. Si l'homme a besoin de Dieu pour être pleinement ou véritablement, Dieu a également besoin de l'homme pour se réaliser et s'actualiser dans le monde.
Réaliser la présence de Dieu dans le monde signifie, pour Martin Buber, rencontrer et considérer chaque être comme un Tu, venir à sa rencontre et le laisser venir à la rencontre. Alors l'homme participe à sa véritable destinée que constitue son " être-en-relation " avec la nature, les hommes et avec Dieu. Ce faisant, il sanctifie Dieu et le monde en les percevant en Dieu.
Cette sanctification de l'instant inaugure le Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu n'indique pas chez Martin Buber un Royaume qui prolongerait la vie de l'homme et dans lequel ce dernier entrerait après sa mort. Non, le Royaume de Dieu désigne un Royaume qui demande à être réalisé par tous les hommes ici et maintenant. Le Royaume siège au milieu des hommes. La réalisation et l'avancée du Royaume de Dieu sur terre dépend, pour Martin Buber, des relations que l'homme choisit de privilégier dans sa vie : que l'homme entretienne des relations de type Je-Tu et le Royaume s'approche et commence à se réaliser au sein de l'humanité ; mais que l'homme n'engage que des relations de type Je-Cela, le Royaume s'éloigne et se voit évacué de la surface de la terre.
La Révélation et le Royaume de Dieu ne se révèlent donc que dans une relation, dans la rencontre entre un Je et un Tu. Ils ne se manifestent qu'à ceux qui se lèvent à leur rencontre.
La rencontre avec Dieu, dans la pensée de Martin Buber, n'a en réalité rien d'extraordinaire ou de tonitruant. Elle s'inscrit en filigrane des relations Je-Tu que l'homme engage dans son existence. Elle consiste à ce que l'homme, à un moment donné, admette qu'il a atteint la moitié du chemin, qu'il peut se rendre maître du monde dans lequel il vit, disposer de connaissances variées, mais que malgré cela il aspire à une relation plus haute et plus parfaite que celles qu'il a connues jusque-là.
Ses contacts avec divers Tu dans la sphère de la nature ou dans la sphère de l'interhumain lui indiquent le chemin et font germer en lui l'espérance d'une relation plus parfaite. L'homme réalise alors qu'il tend à cette relation supérieure et qu'un appel lui est adressé. Cette prise de conscience occasionne ce que Martin Buber nomme un " Revirement " dans la vie de l'homme.
Le Revirement constitue une étape importante sur le chemin de l'homme et a partie liée avec la Grâce : il signifie l'entrée de Tu éternel dans l'existence de Je. Cette rencontre engendre une nouvelle conscience de soi, la conscience de soi véritable, qui amène l'homme à considérer son origine et sa destinée constitués par l'" être-en-relation ". L'" être-en-relation " est proprement le contenu de la Révélation : l'" être " est ce qui se révèle, c'est-à-dire l'" être-en-relation ", rien de plus.
La Révélation est le phénomène de la présence de Dieu dans l'espace et dans le temps, ici et maintenant. Elle est une Révélation éternelle qui s'effectue jour après jour, une Révélation en devenir. C'est dans et par la rencontre que Dieu se révèle et se donne à connaître à l'homme. Dieu interpelle l'homme qui répond à cette apostrophe par la foi, c'est-à-dire en reconnaissant et en confessant que cette apostrophe vient de Dieu. La Révélation est un événement qui a lieu dans la rencontre, c'est-à-dire dans l'" entre-deux ", et demande à être actualisée dans les différentes rencontres qui se présentent sur le chemin de l'homme.
La Transcendance de Dieu se découvre donc et se donne à connaître au cœur de l'expérience humaine. Elle demande à être incarnée dans la matière de l'existence humaine. Si Dieu se manifeste à l'homme par une présence concrète dans sa vie et ses relations, c'est également par une présence concrète envers ses contemporains que l'homme pourra manifester et actualiser Dieu dans son existence.
La Révélation et la rencontre avec Dieu n'encouragent pas l'homme à la passivité, mais requièrent au contraire une participation de sa part. Si l'homme a besoin de Dieu pour être pleinement ou véritablement, Dieu a également besoin de l'homme pour se réaliser et s'actualiser dans le monde.
Réaliser la présence de Dieu dans le monde signifie, pour Martin Buber, rencontrer et considérer chaque être comme un Tu, venir à sa rencontre et le laisser venir à la rencontre. Alors l'homme participe à sa véritable destinée que constitue son " être-en-relation " avec la nature, les hommes et avec Dieu. Ce faisant, il sanctifie Dieu et le monde en les percevant en Dieu.
Cette sanctification de l'instant inaugure le Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu n'indique pas chez Martin Buber un Royaume qui prolongerait la vie de l'homme et dans lequel ce dernier entrerait après sa mort. Non, le Royaume de Dieu désigne un Royaume qui demande à être réalisé par tous les hommes ici et maintenant. Le Royaume siège au milieu des hommes. La réalisation et l'avancée du Royaume de Dieu sur terre dépend, pour Martin Buber, des relations que l'homme choisit de privilégier dans sa vie : que l'homme entretienne des relations de type Je-Tu et le Royaume s'approche et commence à se réaliser au sein de l'humanité ; mais que l'homme n'engage que des relations de type Je-Cela, le Royaume s'éloigne et se voit évacué de la surface de la terre.
La Révélation et le Royaume de Dieu ne se révèlent donc que dans une relation, dans la rencontre entre un Je et un Tu. Ils ne se manifestent qu'à ceux qui se lèvent à leur rencontre.
Au terme de cette présentation, que dire et que penser de la perception de Martin Buber de Dieu ?
Martin Buber se situe résolument du côté de l'homme. Il part de l'existence humaine et réfléchit à l'expérience que l'homme peut faire de Dieu dans sa vie. En s'intéressant à l'homme et à ce qui constitue son existence, Martin Buber ouvre à l'homme la possibilité de percevoir Dieu et de ressentir sa présence au cœur de son quotidien, sans que jamais Dieu ne se réduise à la compréhension ou à la saisie que l'homme peut en avoir. Dieu, dans la pensée de Martin Buber, dépasse infiniment l'homme. Mais Dieu est un Dieu révélé, visible, dont l'être et la Transcendance se donnent à connaître et demandent à être réalisés dans et par des relations Je-Tu.
L'adresse à Dieu, le " dire Tu " à Dieu traduit une magnifique perception de la Transcendance divine qui permet à l'homme de ne jamais réduire Dieu à un objet, tout en gardant la possibilité de le saisir et de se trouver en relation avec lui. Dieu peut être rencontré, éprouvé. Il se donne à connaître à l'homme dans la relation et il ne se révèle à lui que sous ce mode. L'homme ne peut rien connaître de Dieu si ce n'est dans la rencontre et la relation existentielles qui l'unissent à lui.
Ainsi, la Transcendance de Dieu pour Martin Buber ne peut que se vivre, s'expérimenter dans le quotidien, au sein d'une relation. Elle ne peut être éprouvée que dans l'engagement, la participation de Je. Cet engagement et cette participation conduisent l'homme à se transformer : au contact de la Transcendance et de la présence divines, le regard de l'homme se transfigure et ses actions se transforment. L'homme qui est en relation avec Dieu, pour Martin Buber, perçoit le monde en Dieu. Cette perception bouleverse toutes ses actions car elle lui laisse apparaître ce qui constitue le sens de l'existence. Son Je prend consistance et s'approfondit, car il s'unifie en Dieu. Et plus son Je s'approfondit, plus sa façon de prononcer le Tu s'approfondit également.
L'actualité du message de Martin Buber réside en ce que sa compréhension de Dieu ne se contente pas de reformuler des dogmes préétablis ou de répéter des vérités toutes faites, mais tente réellement de reprendre le cœur du message vétérotestamentaire pour le rendre compréhensible aux hommes d'aujourd'hui. Le cœur de ce message biblique n'est pas lettre morte, mais vérité qui demande à être actualisée par et entre les hommes. Il enjoint les hommes à partir à la découverte de Dieu dans le monde, en vivant pleinement leur " être-avec " les hommes ou la nature. Dieu se découvre dans le monde et demande à être réalisé dans toute la matière de l'existence humaine et dans la communauté des hommes.
Pour Martin Buber, tout réside dans l'ici et maintenant, au sein de l'existence humaine et au milieu des hommes. Le sens de l'existence et de la théologie réside dans l'interhumain et s'y rapporte. L'homme n'est véritablement homme que lorsqu'il se place parmi les hommes, au milieu d'eux, que lorsqu'il s'attache à les rencontrer comme des personnes, et renonce à les considérer comme des objets. Toutes les paroles de Martin Buber ont finalement pour objectif de conduire les hommes à extraire l'événement de Dieu et de l'homme de la forme du Cela, de la connaissance conceptuelle, pour leur rendre leur véritable présence agissante.
Cette compréhension théologique de Martin Buber ouvre à une nouvelle compréhension de l'homme, qui trouve son point d'appui en Dieu. Elle invite les hommes à restaurer la relation entre la créature, la Création et le Créateur. Elle pose comme fondement la liberté de l'homme qui est appelé à, et cet appel constitue le sens de son existence et sa direction. La philosophie et la théologie de Martin Buber n'ont pour ambition que de montrer un chemin à l'homme, le chemin de la rencontre véritable, le chemin de la réalisation de Dieu. Cette compréhension de Dieu me paraît féconde pour la théologie aujourd'hui. Elle est susceptible de rejoindre nos contemporains dans leur questionnement spirituel et dans leur quête de Dieu.
Martin Buber se situe résolument du côté de l'homme. Il part de l'existence humaine et réfléchit à l'expérience que l'homme peut faire de Dieu dans sa vie. En s'intéressant à l'homme et à ce qui constitue son existence, Martin Buber ouvre à l'homme la possibilité de percevoir Dieu et de ressentir sa présence au cœur de son quotidien, sans que jamais Dieu ne se réduise à la compréhension ou à la saisie que l'homme peut en avoir. Dieu, dans la pensée de Martin Buber, dépasse infiniment l'homme. Mais Dieu est un Dieu révélé, visible, dont l'être et la Transcendance se donnent à connaître et demandent à être réalisés dans et par des relations Je-Tu.
L'adresse à Dieu, le " dire Tu " à Dieu traduit une magnifique perception de la Transcendance divine qui permet à l'homme de ne jamais réduire Dieu à un objet, tout en gardant la possibilité de le saisir et de se trouver en relation avec lui. Dieu peut être rencontré, éprouvé. Il se donne à connaître à l'homme dans la relation et il ne se révèle à lui que sous ce mode. L'homme ne peut rien connaître de Dieu si ce n'est dans la rencontre et la relation existentielles qui l'unissent à lui.
Ainsi, la Transcendance de Dieu pour Martin Buber ne peut que se vivre, s'expérimenter dans le quotidien, au sein d'une relation. Elle ne peut être éprouvée que dans l'engagement, la participation de Je. Cet engagement et cette participation conduisent l'homme à se transformer : au contact de la Transcendance et de la présence divines, le regard de l'homme se transfigure et ses actions se transforment. L'homme qui est en relation avec Dieu, pour Martin Buber, perçoit le monde en Dieu. Cette perception bouleverse toutes ses actions car elle lui laisse apparaître ce qui constitue le sens de l'existence. Son Je prend consistance et s'approfondit, car il s'unifie en Dieu. Et plus son Je s'approfondit, plus sa façon de prononcer le Tu s'approfondit également.
L'actualité du message de Martin Buber réside en ce que sa compréhension de Dieu ne se contente pas de reformuler des dogmes préétablis ou de répéter des vérités toutes faites, mais tente réellement de reprendre le cœur du message vétérotestamentaire pour le rendre compréhensible aux hommes d'aujourd'hui. Le cœur de ce message biblique n'est pas lettre morte, mais vérité qui demande à être actualisée par et entre les hommes. Il enjoint les hommes à partir à la découverte de Dieu dans le monde, en vivant pleinement leur " être-avec " les hommes ou la nature. Dieu se découvre dans le monde et demande à être réalisé dans toute la matière de l'existence humaine et dans la communauté des hommes.
Pour Martin Buber, tout réside dans l'ici et maintenant, au sein de l'existence humaine et au milieu des hommes. Le sens de l'existence et de la théologie réside dans l'interhumain et s'y rapporte. L'homme n'est véritablement homme que lorsqu'il se place parmi les hommes, au milieu d'eux, que lorsqu'il s'attache à les rencontrer comme des personnes, et renonce à les considérer comme des objets. Toutes les paroles de Martin Buber ont finalement pour objectif de conduire les hommes à extraire l'événement de Dieu et de l'homme de la forme du Cela, de la connaissance conceptuelle, pour leur rendre leur véritable présence agissante.
Cette compréhension théologique de Martin Buber ouvre à une nouvelle compréhension de l'homme, qui trouve son point d'appui en Dieu. Elle invite les hommes à restaurer la relation entre la créature, la Création et le Créateur. Elle pose comme fondement la liberté de l'homme qui est appelé à, et cet appel constitue le sens de son existence et sa direction. La philosophie et la théologie de Martin Buber n'ont pour ambition que de montrer un chemin à l'homme, le chemin de la rencontre véritable, le chemin de la réalisation de Dieu. Cette compréhension de Dieu me paraît féconde pour la théologie aujourd'hui. Elle est susceptible de rejoindre nos contemporains dans leur questionnement spirituel et dans leur quête de Dieu.
Martin Buber n'aurait jamais affirmé que la voie et la direction qu'il indique sont uniques. Au contraire, elles ne constituent qu'une voie et qu'une direction permettant à l'homme de découvrir et d'actualiser Dieu au cœur de son existence. La voie de la découverte et du service de Dieu peut être multiple ainsi que le chemin menant à lui. Le plus important n'est pas tant la voie empruntée que la mise en route. C'est ce qu'exprime cette histoire hassidique recueillie par Martin Buber, intitulée La voie :
" Rabbi Baer de Radoshitz suppliait une fois son Maître, le Rabbi de Lublin : " Indiquez-moi le chemin, oh ! faites-moi connaître la voie absolue et certaine du service de Dieu ! " Le Maître répondit : " Indiquer à tel homme quelle est la voie qu'il doit suivre, cela n'est pas possible. Car voici un chemin du service de Dieu, et c'est l'étude de la Loi ; et voici un chemin du service de Dieu, et c'est la prière ; et voilà une voie pour servir Dieu, et c'est le jeûne ; et voilà une autre voie, qui est de bien manger. Il appartient à chacun de découvrir et de savoir soi-même quelle est la voie que veut choisir son cœur, et de prendre alors cette voie, en y mettant toutes ses forces. "
" Rabbi Baer de Radoshitz suppliait une fois son Maître, le Rabbi de Lublin : " Indiquez-moi le chemin, oh ! faites-moi connaître la voie absolue et certaine du service de Dieu ! " Le Maître répondit : " Indiquer à tel homme quelle est la voie qu'il doit suivre, cela n'est pas possible. Car voici un chemin du service de Dieu, et c'est l'étude de la Loi ; et voici un chemin du service de Dieu, et c'est la prière ; et voilà une voie pour servir Dieu, et c'est le jeûne ; et voilà une autre voie, qui est de bien manger. Il appartient à chacun de découvrir et de savoir soi-même quelle est la voie que veut choisir son cœur, et de prendre alors cette voie, en y mettant toutes ses forces. "
A nous donc de choisir un chemin et de nous mettre en route, à la rencontre de l'autre homme, de la nature et de Dieu.
Annick Vanderlinden 11mars 2001
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