La vigne du Seigneur- version 1
Tout est possible pour « la vigne du Seigneur »
(Méditation autour d’Esaïe 5, 1-7)
La foi est constitutive de l’être. Elle en est la force. Et s’exprime en « fruits délicieux» comme la « vigne du Seigneur ».

(Méditation autour d’Esaïe 5, 1-7)
La foi est constitutive de l’être. Elle en est la force. Et s’exprime en « fruits délicieux» comme la « vigne du Seigneur ».

Coteau fertile et cépage délicieux…
Bacchus serait content. Et nous aussi, avec un peu de chance.
Mais nous avons bien compris qu’en matière de vigne, c’est de nous qu’il s’agit – de nous, les humains : parole gratifiante, positive, à la manière des propos du texte sur la création : ici, le cépage est délicieux, là-bas la création des humains est « très bonne ».
Quelle belle parabole que celle de la vigne, dirons-nous en entendant les premières paroles : « Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile… il y planta un cépage délicieux.
Ou, comme traduisait Segond en son temps : « Mon bien-aimé avait une vigne » - véritable chant d’amour, sans doute utilisé à l’occasion des fêtes des récoltes pour exprimer la louange du peuple d’avoir l’honneur d’être bonne vigne du Seigneur, comme l’épouse de l’époux…
Nous sommes donc entraînés par des paroles engageantes jusqu’au moment où notre belle insouciance se trouve chassée par les propos âpres au sujet des fruits détestables… Et c’est alors le prophète qui parle, et non plus l’ « épouse », ou l’ « ami » qui avait entamé d’abord le cantique de la vigne.
La « vigne » infidèle face au Dieu courroucé
On déchante… Puis, selon les dispositions du moment, on se dit que c’est tout de même peu gratifiant d’entendre des propos aussi durs. Si les paroles du prophète sont vraiment paroles de Dieu, voilà un Dieu très culpabilisateur.
Certes, l’image reste image, elle n’est que langage, langage d’un moment…
Où est la vérité ?
Ne devrions-nous pas nous réjouir des belles choses de la vie ? Faut-il à tout prix que l’ambiance devienne morose, lourde. S’il n’y avait que de quoi sombrer dans le désespoir, à quoi bon la vie ?
Le tableau du monde d’aujourd'hui n’est-il pas déjà suffisamment sombre, pour que nous n’ayions pas besoin de la Bible pour en rajouter ?
Analyser l’histoire d’une défaite.
Mais nous avons là, chez Esaïe comme chez d’autres prophètes, dans le texte écrit, une analyse de l’histoire contemporaine du prophète - j’ai eu l’occasion de l’évoquer tout récemment – et qui dit à peu près ceci : Si le peuple élu avait été digne de son élection, s’il avait mieux « écouté la volonté de Dieu, s’il n’avait pas laissé des pulsions primaires détruire la cohésion du peuple, si les responsables avaient su pratiquer une justice plus grande, Isräel et Juda ne seraient pas la risée des puissants voisins…
Voilà pourquoi l’Eglise rapproche ce texte du thème da la passion – en ce temps de carême.
Le thème de la passion évoque qu’il s’est passé là-bas, à Jérusalem, autour de l’an 30, quelque chose de semblable au destin du peuple décrit dans Esaïe, même si le contexte général est différent : Alors que le peuple est soumis au pouvoir romain, un nouvel espoir naît, - qui va pourtant être étouffé.
Echec, mais tout est encore possible
La croix est la conséquence de la non reconnaissance, et de la promesse de la présence de Dieu, et de la volonté de Dieu, exprimées dans et à travers la vie et l’œuvre de Jésus. La croix marque cette incapacité humaine à prendre en compte les dispositions favorables de Dieu à l’égard des humains : Il a mis à la disposition des hommes un potentiel permettant de réussir, de construire une vie et un monde ressemblant à une vigne portant des fruits délicieux. Et les humains refusent de voir qu’il leur donne les conditions de la réussite.
- Du temps d’Israël et de Juda, quelques siècles avant Jésus, les tribus issues du tronc d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, rassemblées par David, avaient les capacités intrinsèques de réussir à forger leur histoire, face à la pression des peuplades voisines, il eut suffi de garder le cap avec confiance et volonté de justice. C’est le contraire qui s’est produit. Parce que, disent les prophètes, le peuple, et notamment les dirigeants, souvent, faisaient fi de ce qui constituait leur identité, cette foi en un Dieu unique, invisible, mais présent.
- Du temps de Jésus : Face au pouvoir romain, le nouveau souffle apporté par les annonceurs d’un royaume nouveau - conforme à la volonté de Dieu, au point de l’appeler « royaume de Dieu » - aurait pu conduire à rassembler suffisamment le peuple pour lui ouvrir une nouvelle ère ; parmi ces annonceurs nous en connaissons deux, Jean-Baptiste et Jésus. Une nouvelle dynamique s’est développée, mais les forces contraires, avec l’aide de quelques tireurs de ficelles, ont eu raison de l’espoir qui venait de naître.
Pour combien de temps ? Pas pour très longtemps, puisque le flambeau ne va pas s’éteindre.
Le message d’Esaïe, comme celui de pâque, dit : TOUT EST ENCORE POSSIBLE !
Le message est clair : l’appel lancé invite à continuer, à ne pas s’asseoir sur les décombres, mais se remettre à l’ouvrage, construire, reconstruire.
Les raisins de choix que sont les fidèles à Dieu portent des fruits délicieux. Ou ils ne sont pas… !
La belle vigne que nous sommes, portera les fruits heureux si elle n’oublie pas à quelle source elle puise sa force.
La vigne ? Il s’agit tantôt d’Israël et de Juda, mais aujourd’hui de ceux qui n’oublient pas que la vigne n’est pas leur propre création, qu’elle n’est pas venue toute seule, et que derrière tout cela, il y a Dieu.
Si, aujourd’hui, le contexte est différent, la question ultime semble rester la même :
Comment subsister, comment continuer, comment recommencer ?
Aujourd’hui, apparemment, nous sommes, chronologiquement parlant, très éloignés de la situation décrite par le prophète Esaïe. Pourtant, et l’on pourrait tenter le rapprochement, si l’Iran lorgne sur l’Irak, si l’Irak cherchait à dominer, si la Syrie fait un peu ce qu’elle veut et si Israël se raidit, la question demeure : Comment subsister ?
La réponse aussi, demeure : En restant fidèle à Dieu dit Esaïe. Non en versant dans le fanatisme, ou la sionisme, comme on dirait aujourd’hui. Mais laissant à la foi tout l’espace, toute la place dont elle a besoin pour s’épanouir - une foi qui n’est pas un acquis, un droit, mais qui appelle au mouvement, à la transformation, à la vie tout simplement.
La fanatisme s’installant sur des droits et des requis, ne serait que faiblesse - celle-là même qui, plusieurs siècles après Esaie, sèmera la confusion en éliminant celui qui s’était mis à construire mieux. La foi, au contraire, celle d’un Esaïe, celle d’un Jésus appelant, encourageant à l’écoute de Dieu, conduit à la solidarité ou à ce que l’on appelle aujourd’hui le « courage civique ».
Notre « identité » se construit à travers une foi vécue
Car c’est cela qui nous donne une identité. A nous tous, et non plus seulement au seul beau peuple élu. L’évangile de J-Christ élargit le champ – élargit enfin, diront certains, à tous ceux qui sont ou restent fidèles à Dieu.
Si le doute sème des ravages au point de ne plus savoir qui on est, la foi, au contraire, est constitutive de l’être : elle en est la force.
Nous « sommes », nous existons, par le biais de ce que nous croyons. D’une foi qui, certes, n’est pas une abstraction, mais n’a de réalité que transformée, réalisée dans son essence.
Nous sommes « vigne du Seigneur ».
La force de notre foi nous donne une identité que l’on ne peut dérober.
Mais cette identité ne se constitue qu’à travers l’existence, elle devient notre manière d’être : La foi s’exprime en, et par ce que nous sommes et construisons. Elle n’a pas de réalité en elle-même.
Elle s’est exprimée à travers le devenir de l’église, même si les aléas et des choix douteux l’ont freinée, obligée à recommencer, si les chrétiens se sont trompés, ont fauté, recommencé… Déjà, il en a été ainsi de l’église naissante : elle est éprouvée, mais suffisamment forte pour qu’elle ne se disperse… ni se disloque.
Echec et mort apprivoisés ouvrent à la vie et à l’engagement.
Les cantiques que nous chantons, s’ils comportent parfois des formules bizarres pour nos esprits exigeants, ou qui ne coulent pas de source par rapport à notre sensibilité d’aujourd’hui, expriment cependant à leur manière ce mouvement de la foi qui est mouvement de la vie.
La croix qui dispersa devint aussi le symbole qui, progressivement rassembla les disciples.
Comment peut elle nous rendre ce service aujourd’hui ?
Non pas en nous faisons croire que la mort du maître constitue le sacrifice consenti pas Jésus, ou pire, qui aurait été voulu par Dieu. Sacrifice qui serait ipso facto, par lui-même opérant. Comme mécaniquement.
Nous nous disculperions à bon compte et passerions à côté, à la fois du message d’Esaïe, et de Jésus : nous ne serions fidèles ni à l’un ni à l’autre.
Aussi dur cela soit-il : Esaie et l’évangile chacun à sa manière invitent à regarder les choses en face, y compris les choses difficiles, fussent-elles la mort.
La mort que l’on a envie de fuir, de ne pas voir.
Mais que, si nous l’apprivoisons, perdra son aiguillon.
Jésus nous y invite :
La cène joue ce rôle…
Non pas pour cacher l’horreur de la mort violente – celle-là ne l’oublions surtout pas…
Mais la mort qui est aussi menace sur nous, perdra son pouvoir pour qui « garde la foi » - celui-là sait qu’elle n’a pas le dernier mot.
Toute mort injuste nous conduit-elle à la vie ? A la résurrection ?
Pas automatiquement, certes ! Pas plus que la mort de Jésus.
Mais en intégrant cette mort dans la réalité de la vie, en acceptant de la voir en face, au lieu de fuir loin de l’événement de la croix, en nous tenant, comme dira le cantique arc 449, près de la croix, ou regardant la souffrance - celle de Jésus, mais encore celle de l’humanité… - nous revenons auprès de Dieu (ou sa force nous revient), Jésus devient celui qui « remplit toute distance ».
Nous sommes face à la mort, et en même temps proches de Dieu. Nous sommes aux sources même de la vie.
Ce ne sont pas les difficultés du monde, ni celles de notre vie qui nous empêcheront de construire notre identité, parce que nous avons conscience d’être les « aimés de Dieu », Si nous sommes gratifiés de l’amour de Dieu c’est pour en vivre. En n’oubliant pas que nous sommes dans la même barque. Le colloque « quel avenir pour quelle terre, si je puis me permettre cette allusion, invitera à sa manière à voir en face les réalités pour construire une terre viable pour nous et ceux qui nous succéderont.
Ernest Winstein
12 mars 2006
Le texte d’Esaïe chap. 5, versets 1 à 7
"1 Je chanterai à mon bien-aimé Le cantique de mon bien-aimé sur sa vigne. Mon bien-aimé avait une vigne, Sur un coteau fertile.
2 Il en remua le sol, ôta les pierres, et y mit un plant délicieux; Il bâtit une tour au milieu d'elle, Et il y creusa aussi une cuve. Puis il espéra qu'elle produirait de bons raisins, Mais elle en a produit de mauvais.
3 Maintenant donc, habitants de Jérusalem et hommes de Juda, Soyez juges entre moi et ma vigne!
4 Qu'y avait-il encore à faire à ma vigne, Que je n'aie pas fait pour elle? Pourquoi, quand j'ai espéré qu'elle produirait de bons raisins, En a-t-elle produit de mauvais?
5 Je vous dirai maintenant Ce que je vais faire à ma vigne. J'en arracherai la haie, pour qu'elle soit broutée; J'en abattrai la clôture, pour qu'elle soit foulée aux pieds.
6 Je la réduirai en ruine; elle ne sera plus taillée, ni cultivée; Les ronces et les épines y croîtront; Et je donnerai mes ordres aux nuées, Afin qu'elles ne laissent plus tomber la pluie sur elle.
7 La vigne de l'Éternel des armées, c'est la maison d'Israël, Et les hommes de Juda, c'est le plant qu'il chérissait. Il avait espéré de la droiture, et voici du sang versé! De la justice, et voici des cris de détresse!"
Version Louis Second 1910
lire aussi la vigne du Seigneur version 2.
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