La THÉOLOGIE SYSTÉMATIQUE, publiée en 1951 à Chicago, serait le symbole de cette nouveauté.
Or, il existe une édition allemande, publiée en 1955, traduite par Renate Albrecht et revue par TILLICH lui-même. On savait depuis longtemps
qu'il existe de nombreuses variantes entre les deux éditions. La publication des œuvres de TILLICH aux Éditions du Cerf, Labor et Fides et aux Presses de l'université de Laval par André
Gounelle et Jean Richard, m'ont donné l'occasion de me lancer dans la recherche des variantes entre les deux éditions. Un travail fastidieux mais utile pour la recherche tillichienne.
1. Le concept d'inconditionné dans le cadre d'une théologie de la culture. (…)
2. L'inconditionné dans le cadre d'une théologie de la culture. (…)
3° L'existence devant l'inconditionné. (…)
Une phénoménologie de l'inconditionnel
La philosophie religieuse de TILLICH veut prendre en compte l'expérience croyante. La philosophie de l'inconditionné ne doit pas aborder
cette expérience à l'aune d'une philosophie traditionnelle fondée sur la séparation du sujet et du monde. Il faut dépasser les oppositions classiques et ce dépassement nécessite une
philosophie à la fois critique et intuitive, une phénoménologie, pour rendre raison de l'expérience croyante qui, en prise avec l'inconditionné, pose la question du sens ultime et de l'ultime
réalité du sens.
Le criticisme n'arrive pas à penser l'essence de la chose, la méthode intuitive n'arrive pas à penser son existence. La nouvelle méthode
phénoménologique doit prendre son point de départ dans le criticisme, c'est-à-dire prendre en compte les différentes fonctions de l'Esprit humain en tant qu'elles sont des formes du réel : la
réalité s'exprime à travers les différentes expressions culturelles de l'Esprit. Or, ces formes sont vides parce qu'elles ne sont pas remplies par un inconditionné. Ce qui donne sens à toute
chose, l'inconditionné, n'est lui-même pas un sens.
L'inconditionné ne peut être appréhendé que par l'intuition. Dieu peut se dire en différents discours, mais tous ces discours se brisent
devant la référence ultime qu'est Dieu. Son existence n'est pas affaire de démonstration, mais il s'impose par lui-même au sujet qui a l'intuition de son existence en tant qu'il fonde sa
propre existence de sujet. Selon TILLICH, il est possible pour la phénoménologie de concilier le discours rationnel et l'intuition de quelque chose qui dépasse le réel et le fonde. Le
paradoxe n'est certes pas entièrement résolu, mais TILLICH y voit la seule possibilité de penser Dieu et de vivre de Dieu.
Enfin, l'existence devant l'inconditionné demande une nouvelle philosophie de l'histoire. La modernité, depuis le rationalisme, a cherché à
se dégager de l'hétéronomie, d'une loi divine imposée à l'homme. L'autonomie kantienne a inauguré l 'époque de l'autonomie : non plus une loi extérieure qui s'impose à la conscience, mais la
loi de la conscience qui s'impose à toutes les consciences et ordonne le monde. L'hétéronomie a perdu Dieu : la loi de la conscience et la loi divine sont étrangères l'une à l'autre.
L'autonomie de la conscience a produit la technique et la domination rationnelle d'un monde sans Dieu.
Le prix à payer est lourd pour TILLICH : la conscience de l'inconditionné, c'est-à-dire la véritable expérience croyante qui donne un sens
inconditionnel à l'existence, est perdue. L'autonomie de la conscience ayant montré ses limites, il faut une autre loi de la conscience, la théonomie, que TILLICH définit comme étant " une
situation de l'esprit dans laquelle les formes de la vie spirituelle sont l'expression de l'incondtionné-réel ". Dieu est lui-même la norme, la loi de la conscience. Une norme qui n'a pas de
contenu positif particulier, mais une norme qui donne un sens à la vie de l'Esprit en tant qu'elle est l'expression de l'inconditionné.
Ainsi, la culture théonome est une culture fondée sur l'ontologie de l'inconditionné, qui a pris acte de l'évolution des sciences et des
techniques, mais qui donne toute sa place à Dieu, le commencement et la fin de toute chose, et, en ce sens, contient le mystère du sens ultime de toute chose.
" Dieu ne peut être connu qu'à partir de Dieu ".
Claude Conedera (extrait du n° 4 des "Annales de l'UPL").
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