Compte-rendu de la conférence donnée par
Jacques TESTART
le 16 mai 2008 à Sarreguemines
dans le cadre des rencontres organisées par l' association ARDEVIE
par Philippe Kah
Il nous faut avoir l'audace de juger la science qui - aujourd'hui - n'a pas pour but la connaissance. Nous vivons
sous le mythe du savant qui, anciennement, savait une multitude de choses.
Actuellement les spécialistes dans leurs différentes disciplines sont pointus sur peu de sujets : donc, ils n'ont plus de vision globale. C'est la technique qui est devenue le but de la science
et non plus la connaissance. Ainsi la fonction de la techno science a pour but la maîtrise de la nature. On en est arrivé à cette fausse finalité, but tronqué, qui est lié au marché et non plus à
la connaissance. La motivation est de produire des objets utiles. En fait cette activité travaille contre la science qui, fondamentalement, est recherche de la connaissance.
Exigence : les industriels demandent des résultats. Relativement à la santé environnementale, elle n'est pas
développée si une découverte peut agir contre des produits fournis par l'industrie pharmaceutique. Nous sommes dans une mystique génétique - sorte de croyance - que les gênes ont un rôle
fondamental, alors que les gênes dans leur action ne sont pas compris. Une telle démarche rend la recherche partielle et abandonne quantité d'autres voies d'investigation.
L'ADN est étudié à des fins utilitaires, mais n'est pas examiné dans l'ensemble de ses fonctions.
Le prion, si sa protéine qui compose la molécule ne peut être utilisé dans un ovule vivant (mammouth), la reproduction d'un mammouth sera impossible.
Les Américains font pression pour généraliser l'usage d'OGM et prétendent condamner les " faucheurs " plus sévèrement si les maïs sont de " recherche " qui consiste à étudier les distances sur
lesquelles les pollens pourraient perturber les plantes dans leur croissance : une prétention absurde.
Autre exemple : le saumon transgénique est déformé au niveau de la tête, des yeux, de ses dimensions, et la réaction des producteurs est la suivante : " ce n'est pas grave, on le vendra sous
forme de filet ".
Monsanto rend captive sa clientèle parce qu'elle interdit par son brevet sur le vivant de changer une plante. Il y a
un an, les agrocarburants étaient une solution de substitution aux hydrocarbures non renouvelables, alors que la médiocrité du rendement les rend absurdes. On commence à constater que la science
compétitive induit un niveau d'éthique très médiocre par les chercheurs qui faussent leurs résultats quand ils sont payés par des industriels. Capital : c'est le sens qui compte dans
l'orientation des programmes au sujet desquels les citoyens ne sont pas tenus au courant. Raison : ils ne sont pas compétents selon les " savants ". Donc une telle démarche n'a rien à voir avec
la démocratie.
Ainsi des " autorités " décident par avance la forme des recherches à engager sans que les questions des répercussions soient étudiées. Donc le lobbying opère sournoisement, sans objectivité ni
neutralité scientifiques ; parce que des intérêts, des profits, devancent la préoccupation fondamentale.
Il y a donc une, ou la, responsabilité sur le long terme qui n'est pas prise en compte parce qu'elle freinerait la compétition de la recherche.
En conséquence la transgenèse de masse nous entraîne dans un monde complètement fou.
Le diagnostic préimplantatoire consiste à produire des ovules dont le nombre, une centaine, permettrait de trier, chez les embryons, celui qui n'aura pas de strabisme.
Pour le sens, ceux qui s'informent - internet -peuvent trouver leur place indépendamment des experts, ceux qui dans les laboratoires font la cuisine.
Par exemple, le docteur Jean-Jacques Melet, un lanceur d'alerte, qui avait dénoncé le mercure dans les plombages, s'est fait radier de l'ordre des médecins et a fini par se suicider en 2005. Il
est utile de savoir qu'actuellement 70% des plombages sont encore au mercure.
Le problème de la viande dans l'alimentation est un truc monstrueux du fait de son rendement dérisoire, mieux vaudrait n'en consommer qu'une fois par semaine.
Les lobbies, toujours, au Parlement européen, font pression sur les parlementaires pour orienter les décisions. Comme leurs méfaits sont tendancieux, il importerait d'interdire de tels
organismes.
Au terme de l'inventaire de ces différentes observations, des conflits violents sont en perspective et de nombreuses
raréfactions des espèces naturelles s'annoncent.
Quant aux conseillers des comités d'éthique, toujours selon le conférencier, les catholiques sont les plus figés et, avec les curés, on a le plus de mal à discuter. Jean-Marie Pelt est un
optimiste, ce n'est pas mon cas, parce que je m'aperçois qu'on ne vit pas vraiment en démocratie.
aPh. K.
Jacques TESTART est biologiste, auteur de la première fécondation in vitro en France - Amandine, 1982. Il analyse
les implications sociales de la techno science.
Le site de " Sciences citoyennes " : http://sciencescitoyennes.org/
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